Fabrice (Fabrice Luchini) a
une femme, Babette (Guilaine Londez), une fille Laura (Elodie Bollée)
et une profession. Mais sa passion est ailleurs : il est fan absolu,
inconditionnel, de Johnny Hallyday. Son grenier recèle la collection la
plus complète du département, consacrée à son idole. Un soir où il
rentre un peu éméché, braillant à tue-tête une chanson du Rocker, il
reçoit un coup de poing d'un voisin et perd connaissance. Lorsqu'il se
réveille le lendemain, il est apparemment indemne. Mais le monde qui
l'entoure, lui, ne l'est pas ! Car personne n'a jamais entendu parler
d'un soi-disant Johnny Hallyday ! Consterné, au bord du suicide,
Fabrice entreprend de rechercher tous les Jean-Philippe Smet de
France...
Croisement jouissif entre "Retour
vers le futur" et "Grosse fatigue", cette histoire
abracadabrante est sans nul doute originale et intelligemment conduite.
Quête d'identité, influence du grain de sable qui fait en une seconde
basculer le parcours d'une vie entière (un accident de scooter à 20 ans
permet à Chris Summer (Antoine Duléry), de devenir, 40 ans durant,
l'idole de toute une nation, et envoie Jean-Philippe dans les limbes de
la médiocrité), discrète satire des "Star Academy" et autres "Nouvelle
Star", obsession frénétique du fan ne respirant que par la fascination
de l'idole, tout cela permet à Fabrice Luchini et à Johnny, chacun dans
un registre personnel, de briller dans des compositions contraires à
leur image. Le chanteur se montre particulièrement touchant et juste
dans sa personnalité du raté mélancolique, sur lequel les années ont
posé une chape de résignation. Quant à l'acteur, dans un parcours qui
aurait pu exacerber sa propension à l'outrance, il oscille, sans
cabotinage déplacé, entre les excitations et le fatalisme dictés par
les heurts incessants de son obsession avec la réalité. L'humour est
léger, les clins d'oeil sont bienvenus (Benoît Poelvoorde se présentant
au casting de l'émission télévisée dans son imitation de Clo-Clo ;
Stallone n'ayant, lui non plus, jamais accédé à la célébrité...), et la
mise en scène, vivante, se fait spectaculaire lors du final au Stade de
France. Laurent Tuel et son scénariste, Christophe Turpin ont eu le bon
sens de ne pas s'appesantir sur la partie initiale, assez brève :
"ahurissement légitime de Fabrice, propulsé dans un monde vide de son
idole", dont l'étirement aurait pu rapidement verser dans la farce
facile, et de privilégier la reconstruction de l'être sapé à la base
par un coup du sort.
Une très agréable surprise, spirituelle et ludique. Un petit regret
personnel, tout de même, sur le choix des
chansons...