Griet (Scarlett Johansson) entre au service de la famille du
peintre Johannes Vermeer (Colin Firth), dont l'épouse, Catharina
(Essie Davis), est enceinte. Un petit Franciscus naît bientôt. Mais
la famille n'est guère riche et la belle-mère du peintre, qui
régente la maison, invite à l'occasion de l'arrivée du nouveau-né,
le mécène qui commande régulièrement des oeuvres au maître, le
richissime Van Ruijven (Tom Wilkinson). Griet se lie d'amitié avec le
fils d'un boucher, Pieter (Cillian Murphy). Elle devient également,
peu à peu, l'aide privilégiée de Vermeer...
Si les oeuvres consacrées aux musiciens ("Amadeus",
"Ludwig van B.",
"Mahler", "Music Lovers"...) sont souvent emplies
de bruit et de fureur (ainsi que de musique, tout de même !), celles
qui mettent en scène des peintres sont souvent, par mimétisme avec
cet art silencieux, baignées de langueurs et de paix. Celle-ci ne
fait pas exception. A travers une reconstitution convaincante de la
Delft du dix-septième siècle, s'égrène devant nous l'histoire
simple d'une jeune fille ordinaire, inculte, (les deux femmes de la
maison ne se privent pas de le lui faire sentir), mais dont la grâce
unique inspire le génie du peintre. L'atmosphère qui règne dans
cette maison, constamment lourde, feutrée, contemplative, est,
elle aussi, particulièrement bien rendue. Tout au moins dans
l'optique que veut nous transmettre le réalisateur, grâce à une
mise en scène sage, très classique, mais aux éclairages savamment
étudiés, qui entre en résonance parfaite avec la retenue de
l'intrigue. Tout n'est que dissimulation, espionnages, manigances,
non-dits. Les émotions sont le plus souvent bridées, les gestes
contenus. La lenteur le dispute au silence. Les mots sont rares, sans
amplitude, sans profondeur. Toute l'intensité des corps et des âmes,
avec une petite exception pour l'épouse de Vermeer, ne se traduit que
par dans la densité des regards. La réussite est également de
bon aloi dans la tentative d'initier le spectateur à ce que
peut être, pour le génie créateur, la descente de l'inspiration et
la genèse d'un futur chef d'oeuvre. Mais, revers de la médaille, la
subtilité, la délicatesse, l'approche méditative de la gestation du
tableau, l'absence de jaillissement de l'émotionnel du maître et de
son modèle (remarquablement incarné par Scarlett Johansson), tirent
fréquemment l'ensemble vers un ennui aussi élégant que chronique.