Julien Janvier (Thibault Verhaeghe)
a 8 ans, lorsqu'il perd sa mère (Emmanuelle Grönvold) d'un
cancer. Son père, (Gérard Watkins), lui mène la vie dure, d'autant plus
que le jeune garçon se plaît à provoquer les adultes, en compagnie de
sa petite copine, Sophie Kowalsky (Joséphine Lebas-Joly). Lorsqu'ils
deviennent adultes, les mêmes jeux de provocation se poursuivent...
C'est avec les paupières usées que j'ai émergé de cette vision ! Usées
à force de les frotter pour être sûr que je ne rêvais pas après une
prise d'acide, que j'étais bien assis devant un film français, terrien,
et non pas devant une composition issue de la planète Krypton... J'ai
eu l'occasion de visiter nombre de genres cinématographiques, de
créations "artistiques" originales, parfois d'un hermétisme hymalaïen,
mais jamais encore je ne m'étais trouvé en présence d'une oeuvre qui
érige, avec autant de naïveté et d'aplomb, dans un cadre classique,
l'invraisemblance en ligne directrice permanente !
Dans les premières minutes, l'esthétique nous donne l'impression
d'assister à une clonerie du "Fabuleux
destin d'Amélie Poulain". Mais cette sensation disparaît fort
vite. Le récit de Jean-Pierre Jeunet est un modèle de vérisme à côté de
ce qui se développe devant nos yeux. Le monde qui entoure les deux
enfants est une véritable caricature de caricature. Alors, le mental
rationnel fait naître l'idée que le passage à l'état "adulte" va rendre
les personnages, les événements, les dialogues plus crédibles. Non
seulement ce n'est pas le cas, mais le pire est encore à venir ! Ce qui
n'était que farfelu devient carrément grotesque. Ce qui n'était que
maladroit, en apparence, assume sans broncher son énormité. La
recherche de l'originalité se métamorphose en une course poursuite du
tape à l'oeil et du n'importe quoi. Entre les visions oniriques
simplettes, pour ne pas dire ridicules, les effets boursouflés de
caméra, les scènes outrancières, les dialogues patauds, les essais de
bons mots prévisibles, les réactions délirantes, les provocations
saugrenues, on ne sait à quel domaine attribuer la palme du grotesque.
Comment est-il possible d'être sensible à des personnages aussi
ubuesques, à des situations aussi préfabriquées, à une histoire qui
cultive à ce degré l'improbabilité ? "Amélie Poulain"
assumait son décalage, sa marginalité créatrice, grâce à la
construction d'un univers cohérent, tant visuellement que sur le plan
narratif ou psychologique. Ici, le réalisateur semble vouloir à toute
force se démarquer du plus minuscule chemin capable de le ramener vers
les rivages connus. Mais, en contrepartie, il ne propose qu'une
accumulation de séquences dont la dissonance se veut tellement extrême
qu'elle en devient inacceptable, insupportable. Tous les personnages ne
sont que des pantins sans charisme, plutôt antipathiques, agités par
des ficelles anarchiques. Il n'est pas un compartiment de l'oeuvre, que
ce soit les relations internes, les ruptures, les défis, les
rabibochages, les passages soi-disant comiques ou dramatiques, qui se
montre crédible et générateur de sympathie. Ce n'est ni intelligent, ni
émouvant, ni drôle, ni sérieux, ni onirique, ni magique... C'est...
rien ! Sans doute à prendre dans un degré auquel je n'ai pas
accès... Sans compter, cerise empoisonnée sur le
gâteau, que nous est asséné, dans toutes les variations possibles, ce
qui constitue pour moi (c'est une maladie, je le sais, mais je ne tiens
pas à la soigner !), le cauchemar de la chanson rabâchée jusqu'à
l'overdose vomitive, à savoir "La vie en rose"...