John
Quincy Archibald (Denzel Washington) et sa femme Denise (Elise
Kimberly) ont une fils, Mike (Daniel E. Smith) qu'ils adorent. Un jour,
pendant un match de base ball, l'enfant s'écroule. A
l'hôpital, où il a été transporté d'urgence, les médecins décèlent
une insuffisance cardiaque gravissime. Seule une greffe
rapide pourrait empêcher une fin fatale. Un seul problème se pose. Pour
placer le receveur en tête de la liste d'attente, il est indispensable
de verser au service hospitalier un tiers du coût de l'opération, ce
qui représente 80 000 dollars. Les amis et voisins de John font leur
possible pour l'aider financièrement. Mais cela ne suffit pas.
Lorsqu'il apprend que la directrice de l'hôpital, Rebecca Payne (Anne
Heche) a décidé de renvoyer Mike chez lui, sans espoir de
transplantation, John pète les plombs et prend en otage le responsable
du service de cardiologie, Raymond Turner (James Woods) ainsi que les
personnes qui se trouvent au service des urgences...
Il est un point sur lequel tout le monde sera d'accord. C'est le fait
que Nick Cassavetes n'a pas choisi la même voie cinématographique que
son père John. Nombre de critiques ne se privent pas de le lui
reprocher avec une méchanceté parfois ignoble. Pourquoi devrait-il en
être autrement ? Chacun choisit, avec la sensibilité qui lui est
propre, les sujets et la manière de les traiter. La qualification que
l'on attribue au résultat (sensible, émouvant, larmoyant, pleurnichard,
poignant, pathétique, emphatique...) est souvent une question de degré
de réceptivité. Nick Cassavetes a, de toute évidence, une attirance
pour les récits à haute tension émotionnelle, comme en témoigne son
récent "N'oublie jamais".
Dans le cas présent, la composition du sujet en lui-même est déjà
parlante : un enfant (l'innocence) à l'article de la mort ; un système,
non seulement inhumain (seul l'argent compte pour être soigné), mais
encore criminel (la malformation a été décelée lors des examens de
routine, mais, pour de basses raisons mercantiles, non révélée) ; des
thérapeutes pour lesquels le serment d'Hippocrate est infiniment moins
important que la réussite sociale...
Il est évident que le réalisateur ne lésine pas sur les séquences
affectivement chargées, qu'il en fait quelquefois trop, étirant à
l'excès certaines scènes (la conversation finale de John avec son
fils). C'est un côté manipulateur que l'on peut, à juste titre,
regretter. De même, peut-être, que la caricaturisation de certains
intervenants (le commandant des forces de police, Gus Monroe (Ray
Liotta) et le présentateur télé Tuck Lempley (Paul Johansson),
opportunistes et obsédés d'audimat, dont le second rappelle, en moins
pire, tout de même, le Richard Thornburg de "Piège de cristal"). Ou
encore le choix de construire ce drame profondément poignant comme un
récit de suspense, avec décompte haletant comme il est de bon ton de le
faire dans les centaines de cas où le salut survient lorsque la bombe
est désamorcée à l'avant-dernière seconde.
Cela dit, il est tout aussi impossible d'occulter la puissance de ce
drame ordinaire. Tous ceux qui ont un enfant ne peuvent que se sentir
en sympathie avec ce père désemparé. Outre l'aspect événementiel
tragique, se profile également une série de réflexions ou
d'interrogations, qui auraient pu composer un menu fascinant pour les
"Dossiers de l'écran" s'ils existaient encore. Jusqu'où peut-on aller
pour sauver un innocent ? La société est-elle condamnée à devenir
inhumaine ? La médecine est-elle au service de l'argent ? Autant de
sujets passionnants sur lesquels il serait possible de débattre pendant
des lustres...
Tout est affaire de balance. Pour ceux qui se focalisent sur l'aspect
"apitoiement programmé", ce sera le rejet et le mépris qui feront
pencher la balance du côté négatif. Pour ceux qui passent
outre l'emphase naturelle du réalisateur, subsistera une
histoire déchirante qui marque le souvenir, intensément habitée par
Denzel Washington. Pour ma part, je préfère voir le côté positif...