1961. La guerre froide fait
rage. Mikhail Polenin (Liam Neeson) est commandant du futur sous marin
nucléaire K-19, qui doit prochainement prendre la mer pour effectuer
des essais. Au dernier moment, il est remplacé par Alexei Vostrikov
(Harrison Ford) et devient second, ce qui provoque le mécontentement de
l'équipage. Après divers contretemps et dix morts accidentelles, le
sous-marin prend enfin la mer. Vostrikov se montre dur et peu soucieux
de la vie des hommes. Brusquement, un défaut dans le compartiment de
propulsion provoque une panne de refroidissement et une fuite
radioactive. Il ne reste que quelques heures pour tenter de réparer
avant une éventuelle explosion...
Kathryn
Bigelow se fait assez rare au cinéma, mais, lorsqu'elle y fait une
apparition, le résultat est tout à fait intéressant. Certes les films
de sous-marins ne sont plus aujourd'hui l'exception et se montrent
souvent passionnants. Outre "le bateau" de Wolfgang Petersen,
chef-d'oeuvre du genre, nous avons eu droit depuis quelques années aux
excellents : "A la poursuite d'Octobre rouge", "U 571"
et "USS Alabama" qui, tous dans leur genre, apportaient un
lot de drame et de tensions spectaculaires. Celui-ci ne fait pas
exception à la règle. Malgré une absence de scènes monumentales, qui
lui a peut-être causé un certain tort sur le plan du succès, la
tragédie vécue en vase clos par ces marins tient le spectateur en
suffocation quasi permanente et tire intelligemment l'histoire vers
l'intime plutôt que vers le sensationnel.
A priori, l'oeuvre repose
sur un face à face entre deux personnalités apparemment opposées, tout
aussi charismatiques l'une que l'autre. Liam Neeson est l'humanité
personnifiée, le commandant adoré de ses hommes. Harrison Ford,
vieilli, semble incarner la dureté impersonnelle et aveugle, le robot
inflexible du parti communiste. Tous deux sont excellents. Mais,
au-delà de ce qui semble annoncer un affrontement manichéen, la
réalisatrice nous entraîne vers un enrichissement permanent des deux
tempéraments et négocie très habilement un retournement de situation
aussi surprenant que riche psychologiquement. Quant à la trame
dramatique, elle ne fait à aucun moment défaut et il paraît bien
difficile d'oublier les visages brûlés au troisième degré des
malheureux matelots ayant pénétré dans la salle radioactive sans
combinaison de protection, parce que le magasin avait oublié d'en
commander avant l'embarquement ! Moments intenses qui sont parfois
accompagnés maladroitement par une musique quelque peu incongrue. Et si
l'on a droit aux quelques inévitables couplets finaux sur l'héroïsme et
le sacrifice, il faut reconnaître qu'ils sont loin d'être déplacés !
Une réalisation forte et
passionnante, fondée, qui plus est, sur des faits réels révélés au
public vingt-huit ans après leur déroulement.