Le
docteur Mark Powell (Jeff Bridges), psychiatre new-yorkais, reçoit un
jour dans son service un homme étrange, qui dit se nommer Prot (Kevin
Spacey). Celui-ci ne tarde pas à se révéler un cas extraordinaire. Non
parce qu'il prétend venir d'une lointaine planète, K-Pax, située dans
la constellation de la Lyre, mais parce qu'il épate un certain nombre
de scientifiques, dont Steve (), beau-frère de Mark et astronome
éminent, par ses connaissances scientifiques. Le médecin s'attache de
plus en plus à percer le mystère de cet homme hors du commun, quitte à
délaisser quelque peu sa femme Rachel (Mary McCormack) et sa fille...
Voilà tout à fait le genre de sujet casse gueule, ce qui n'empêche pas
nullement l'existence de réussites, à l'exemple du "Starman"
de John Carpenter, dans lequel, coïncidence ?, Jeff Bridges tenait déjà
un rôle de premier plan. C'est en fait une excellente surprise que nous
offre Iain Softley, pour ne pas dire une réussite majeure. Avec une
maîtrise totale dans le ton, dans le déroulement des événements, dans
la construction dramatique, dans la tenue du suspense, le réalisateur
suit l'éphémère apparition de cet être étrange, dont l'aura
magnétique transformera à jamais ceux qui le côtoient, malades ou
thérapeutes. L'intégralité des évolutions narratives et des
rebondissements est négociée avec une vraisemblance et une intelligence
jamais prises en défaut. Et ce miracle d'équilibre perdure, fait
rarissime, jusqu'au dénouement, bien souvent pierre d'achoppement sur
laquelle se brisent irrémédiablement les oeuvres de ce type. On se
rappelle le twist, pour le moins abracadabrant, qui bousculait avec
brutalité la trame emberlificotée de "Mémoire effacée" ou encore l'issue, primaire et radicale de "Birth".
Dans le cas présent, le final est un modèle, gorgé d'émotion,
d'ambigüité, et de subtilité. Qui plus est, cette aventure interpelle
chacun de nous, sans avoir l'air d'y toucher, sur les incapacités
fondamentales majeures de l'être humain. La seule (infime) réserve
concerne le casting. Le massif Kevin Spacey était-il le choix le plus
approprié pour incarner Prot ? Répondre par l'affirmative n'est pas
évident. Mais cela est de peu d'importance en comparaison des
qualités inhérentes au film.