Carrie
Laughlin (Michelle Forbes) et Brian Kessler (David Duchovny) s'aiment
mais sont insatisfaits de leur vie professionnelle. Carrie ne parvient
pas à percer en tant que photographe et Brian rêve d'écrire un ouvrage
sur les meurtriers célèbres. Ils décident de gagner la Californie et de
profiter de leur voyage pour visiter les lieux où ont été commis des
meurtres. Afin de dépenser le moins possible, ils mettent une annonce
de covoiturage. C'est un jeune couple de marginaux, Adèle Corners
(Juliette Lewis) et Early Grayce (Brad Pitt) qui répondent...
Dans le genre road-movie sanglant, ce film tient à la fois de "Thelma et Louise" et de "Tueurs nés",
dans lequel, d'ailleurs, Juliette Lewis tient déjà un rôle parallèle.
Bien loin d'avoir à rougir de ces deux comparaisons, l'oeuvre de
Dominic Sena se montre tout à fait passionnante
scénaristiquement, très riche psychologiquement, et profondément
touchante émotionnellement. Beaucoup plus classique et sage dans sa
forme que le spectacle déjanté d'Oliver Stone, la narration se
concentre sur l'intimité des personnages, les réactions tant mentales
qu'épidermiques que suscite la gradation dramatique des événements,
ainsi que sur une tentative de conscientisation intérieure du vécu de
chacun. A contrario de la monochromie générale de "Tueurs nés"
qui affiche des individus plus pourris les uns que les autres, l'une
des grandes qualités du film réside dans la diversité psychologique des
protagonistes. Aucun membre du quatuor n'est vraiment ange ou démon.
Brian, a priori garçon bien rangé, subit une fascination assez morbide
pour les scènes de crimes sordides. Carrie, jeune femme bcbg, trouve
son inspiration photographique dans des créations en noir et blanc pour
le moins lugubres. Il est à l'évidence plus difficile de
découvrir chez Early, incarnation de la violence et du mal, les aspects
positifs de sa personnalité, presque totalement destructurée. Même si,
dans la version française, il appelle sa maîtresse "maman"... Quant à
Adèle, femme-enfant inconsciente murée dans ses rêves d'harmonie, qui
se rêve Marilyn et parle à ses cactus qu'elle idolâtre, parfois
pathétique dans sa quête d'amitié et de tendresse, elle est tout
simplement inoubliable.
Même si les réflexions de Brian sur les motivations ou les sensations
des criminels ne sont pas des plus enrichissantes et enfoncent souvent
des portes ouvertes, il n'en demeure pas moins que, humainement et
dramatiquement parlant, l'oeuvre est aussi captivante que tétanisante.
> Le film sur IMDB.com