Visalia, une petite ville de Californie. Un
adolescent, Ken Park (Adam Chubbuck) se rend sur l'aire de skate, sort
une caméra et se tire une balle dans la tête. Nous faisons alors
connaissance avec ses amis : Shawn (James Bullard), Claude (Stephen
Jasso), Peaches (Tiffany Limos), Tate (James Ransone). Tous ont en
commun de vivre une existence difficile et de chercher désespérément
une issue dont la visibilité n'est pas évidente...
La souffrance muette ou révoltée, qui est le lot des enfants aussi bien
que des adultes. Si les premières images du film balaient
tranquillement les rues de la petite ville tranquille, où rien
d'extraordinaire ne semble devoir jamais survenir, le calme extérieur
factice ne dure pas bien longtemps. Le geste de désespoir de Ken ouvre
la porte sur la réalité intérieure vécue par ses copains. Et ce n'est
pas du clinquant pur jus ! Shawn, peut-être le moins mal loti de la
bande, entretient une relation avec une copine et, occasionnellement,
avec la mère de celle-ci, Rhonda (Maeve Quinlan), lorsque son mari Bob
est absent. Claude, Peaches et Tate doivent faire face aux
manifestations d'un lourd karma. La timidité du premier, coincé entre
une mère enceinte jusqu'aux yeux, passive jusqu'à l'aveuglement, et un
père, abruti par l'alcool, aux cheveux aussi rares que les neurones, ne
lui laisse pas beaucoup de latitude de réaction. Tate, lui, est couvé,
étouffé, par deux grands-parents, incapables de laisser s'épanouir le
grand rejeton, dont le seul échappatoire est de se masturber en
regardant les joueuses de tennis à la télévision. Quant à Peaches, elle
est sous la coupe d'un père obsédé par la mort de sa femme. Confit en
religion follement dogmatique, il mange à genoux, récite à longueur de
journées des passages de la Bible, et son délire pseudo-mystique
l'amène à épouser sa fille après l'avoir surprise avec son copain
Curtis !
Autant dire qu'il y a de quoi péter les plombs. Ce qui ne manquera pas
d'arriver à l'un d'eux. Mais, paradoxalement, il n'y a pas vraiment de
révolte dans cette suite de scènes tour à tour crues et poignantes.
Tout au plus des bouffées de désespoir qui sont résorbées plus ou moins
efficacement dans un rêve de fuite, d'enfermement au sein d'une bulle
inattaquable. La chape de tristesse qui plane sur ces séquences de vie
laisse, à la toute fin, s'entrouvrir un tunnel de lumière dans la
magnifique scène d'amour, oasis légère, ludique et paisible, au coeur
de laquelle s'apaisent les survivants.
Les réalisateurs flirtent parfois avec le voyeurisme, mais l'ensemble
de cette vision banalement cauchemardesque demeure intense et livre une
fresque sensible et poignante sur les ravages universels du manque
d'amour.