Carl
Denham (Jack Black) est lâché par ses producteurs pour le dernier film
qu'il désire tourner dans des conditions, il est vrai, particulières.
En effet, détenteur d'une mystérieuse carte, il est en quête d'une île
inexplorée, qui constituerait le décor idéal de l'histoire qu'il
fait scénariser par le célèbre auteur de théâtre Jack Driscoll
(Adrien Brody). Les finances ne sont pas son seul souci, car il lui
faut trouver de toute urgence une actrice pour le rôle principal.
Le destin place sur son chemin la jolie Ann Darrow (Naomi Watts), qui
vient de voir son théâtre fermer. Il la convainc qu'elle tient le
rôle de sa vie et tous deux embarquent avec matériel, techniciens et
scénariste sur le cargo du capitaine Englehorn (Thomas Kretschmann). Le
navire appareille en catastrophe, car la police, envoyée par les
producteurs pour stopper Denham, sont sur le point d'arriver...
Trente ans plus tôt, la version de John Guillermin n'avait pas
fait l'unanimité, c'est le moins que l'on puisse dire ! Il était
d'ailleurs légitime de se demander si un nouveau remake du célébrissime
film des années 30, tourné par Merian C. Cooper et Ernest B.
Schoedsack, avec Fay Wray, était indispensable. Au terme de cette
oeuvre de presque trois heures, la réponse est d'une évidence totale :
oui ! Trois fois oui !!!
Dès les
premières séquences, le spectateur est précipité dans la
vie new-yorkaise d'il y a un siècle, avec une vitalité, une
authenticité, une énergie qui ne sont pas sans évoquer l'ouverture de "Titanic".
Gorgée de personnages intensément vivants, l'histoire capte
immédiatement l'attention, et l'on pressent que l'aventure avec un
grand "A" nous attend au fil de la narration. Aventure, certes. Elle
est présente du commencement à la fin, avec un nombre incalculable de
séquences plus spectaculaires les unes que les autres. La longue suite
de drames dans l'île du crâne est un alliage hautement tétanisant d'Indiana Jones et de "Jurassic Park"
élevés à la puissance 10 ! Les rites barbares irradient une
authenticité sauvage, tandis que brontosaures, triceratops,
tyrannosaures, sans parler des myriades de bestioles plus agressives et
répugnantes les unes que les autres, donnent à cette portion de
l'oeuvre une puissance effroyable dont l'énergie et la folie brutes se
jouent de la vraisemblance ou de la réflexion. S'il n'y avait que cet
aspect dans le film de Peter Jackson, la réussite serait déjà notable.
Mais il y a, heureusement pour nous spectateurs, beaucoup plus
encore. Loin de n'être qu'un catalogue hypertrophié de monstres en tous
genres et d'aventures épiques, l'histoire impose une histoire d'amour
poignante, sublimée par la qualité de création de la "Bête", infiniment
plus expressive dans ses émotions naissantes, dans la découverte de son
étincelle d'humanité, que nombre d'acteurs en chair et en os, mais
également par l'incarnation de Naomi Watts, toute en finesse et
sensibilité passionnée. En fait, c'est tout le casting qu'il est
indispensable d'associer à cette réussite, avec en tête Adrien Brody,
toujours magnétique et rayonnant, ainsi que Jack Black, obsédé par ce
qui devait être le triomphe de sa vie d'artiste jusqu'alors
méprisé.
C'est donc à un mélange quasi unique de sauvagerie et de poésie
humaniste (le ballet sur glace de Kong et d'Ann restera dans les
mémoires), que nous fait participer Peter Jackson, décidément hautement
inspiré par les ouvrages ou les films dont il choisit de recréer
l'univers. Il le fait avec les moyens techniques actuels, mais en ayant
l'intelligence et l'art de les mettre au service de ses drames, ce qui
n'est pas si courant aujourd'hui...
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