Suite
d'images brutes ou travaillées de notre terre sauvage et "civilisée"...
Il est écrit sur la pochette du DVD : "Une expérience que vous n'êtes
pas prêt d'oublier". C'est la pure vérité. Dans quel sens doit-on
l'entendre, c'est un autre problème. Il est certain que cette oeuvre ne
ressemble à aucune autre. On pourrait sans peine la qualifier d' OCNI.
Objet cinématographique non identifié. La catégorie la plus proche
serait celle des documentaires, mais cette suite d'images ne nous
documente sur rien, et ne comporte aucun commentaire. Elle présente un
état des lieux muet de notre état "civilisé" et de son opposé, l'état
minéral.
Après une introduction nébuleuse, tout commence par un survol
extraordinaire du Grand Canyon du Colorado. Et nous avons sous les yeux
des photos comme nous n'en voyons jamais. Une pure merveille. Il en
sera de même, d'ailleurs, tout au long du film, que ce soit, comme dans
ce majestueux début, par le biais d'une photographie sans réels
trucages, ou, comme dans la suite, grâce à un ballet continuel
d'accélérations ou de ralentis. On n'en finirait pas de citer les
merveilles esthétiques qui nous sont proposées : ruissellements de
nuages, destructions d'immeubles, avion au ralenti, lune disparaissant
derrière un building, symphonie de couleurs et de mouvement de nuages
accélérés reflétés sur un building de verre, désintégration d'une fusée
au ralenti, travail à la chaîne, humains-fourmis s'agitant à une allure
vertigineuse, ruissellement de lumières automobiles sur les
autoroutes...
Que nous apporte tout cela ? A mon sens, pas grand chose ! Que la
civilisation, telle que nous la concevons actuellement, soit une source
de ruine pour la nature, c'est un fait indéniable. Que cette
accumulation d'images, trafiquées dans l'unique but de provoquer
l'écœurement pour la dite civilisation, soit efficace, c'est autre
chose. Elle me paraît surtout susciter le rejet pour le choix de
l'excès qui est adopté ici.
Le mot "qatsi" signifie en langue hopi : "vie". Koyaanisqatsi a le sens
de "vie en déséquilibre". Mais que voit-on de la vraie "vie" dans cette
oeuvre ? Rien ! Le réalisateur nous présente : d'une part l'état
minéral, auquel il est difficile d'attribuer le terme de "vivant" étant
donné la lenteur de son évolution ; d'autre part, les conséquences
matérielles de l'évolution humaine. Ce qui signifie que la véritable
vie, qui se situe entre les deux, dans l'élan naturel du végétal, de
l'animal, du corporel humain, est totalement absente.
Pour ce qui est de la forme, ce n'est, à mon sens, guère plus
enthousiasmant. Lenteur, répétitivité, sont les maîtres mots qui
caractérisent cette entreprise. Prenons seulement l'exemple des
voitures sur l'autoroute. Signe évidemment fort de notre délire actuel
de vitesse et de consommation. Elles nous sont servies sous forme
accélérée : le jour, la nuit, vues du sol, d'avion, à 45°... C'est
l'overdose ! Même le spectateur le plus obtus a compris au bout de
trois minutes ! Est-il vraiment utile de ressasser cela jusqu'à
provoquer le ras le bol... vis à vis du film, ce qui a plus d'une fois
failli m'arriver ?
Sans compter que "sévit", tout au long de ces 84 minutes, la partition,
paraît-il majeure, de Philip Glass. Les goûts sont bien sûr fort
variés, et je ne doute pas que beaucoup trouveront peut-être géniale
cette musique. Il est vrai que la subjectivité est reine dans le
domaine artistique. Heureusement pour les créateurs. Une toile de trois
mètres carrés comporte deux lignes jaunes entourant un cercle bleu.
C'est un chef-d'œuvre ! Bon. Pourquoi pas. Dans ce cas, une idée
musicale de deux mesures répétée interminablement, jusqu'à la nausée,
peut, elle aussi, être une création sublime. J'avoue que ce n'est pas
ma conception de la beauté sonore. Tout au moins dans le cas présent.
La troisième symphonie de Gorecki, bâtie, elle aussi, sur un motif
répété en crescendo, suscite une émotion puissante et envoûte l'auditeur. Mais c'est à mon goût, pour
l'instant, une exception. En ce qui concerne l'accompagnement de
"Koyaanisqatsi", j'avoue que, hormis la première et la quatorzième
plages, consacrées à la mélopée hopi, ce rabâchage perpétuel d'un motif
infime est totalement insupportable à mes oreilles !
Au final, beaucoup de mouvement, d'artificiel et de "bruit" pour une
belle esthétique, mais tout cela me semble bien vain, et surtout, bien
épuisant...