Les
années 50 dans la cité des Anges. La police a bien du mal, non
seulement à mettre fin aux activités des gangs, mais encore à nettoyer
au sein même de ses rangs. Une violence envers des suspects, menée par
le sergent Alex 'Dick' Stensland (Graham Beckel), à l'intérieur des
locaux officiels, met sur la touche l'officier Bud White (Russell
Crowe), tandis que le sergent Jack Vincennes (Kevin Spacey) s'en tire
en dénonçant quelques collègues proches de la retraite et que
le tout jeune Edmund Jennings Exley (Guy Pearce) s'en sort avec les
honneurs, n'hésitant pas à nommer les coupables et devenant à la suite
de ce service, lieutenant enquêteur. Peu après, Stensland est tué dans
un bar où se trouvaient des filles modelées à l'image d'actrices
célèbres par un homme d'affaires richissime, Pierce Morehouse Patchett
(David Strathairn). Le capitaine Dudley Liam Smith (James Cromwell)
charge Exley de l'enquête...
Assassinats, magouilles en tous genres, chantages, jalousies,
prostitution, tout n'est pas vraiment limpide dans la belle cité des
anges ! Au cours de la première demi-heure, le spectateur est plongé
corps et biens dans un mic-mac qui, sans être spécialement black, est
aussi limpide que du jus de boudin ! On se perd un petit peu dans tous
ces personnages qui virevoltent sur l'écran, au rythme d'un montage
rapide et nerveux. Les composantes de tout ce petit monde, tant
policier que criminel, se mélangent, s'entrechoquent, s'agressent, et
ce d'autant plus violemment que les uns ne sont pas vraiment plus purs
que les autres. Puis, au milieu de ce cloaque d'où se dégagent Jack et
Bud, émerge une composante centrale et apparaît celui qui se veut un
chevalier blanc, le vertueux Ed, dont le père a été tué jadis en
mission, et qui rêve de gravir les échelons à la force de sa noblesse.
Mais l'illusion ne fera pas long feu...
Curtis Hanson, trois ans après l'aventure au récit simpliste mais très
divertissant de "La rivière sauvage" et cinq après le stressant
"La main sur le berceau", réussit à composer ici
une oeuvre passionnante de bout en bout, qui allie complexité
scénaristique, profondeur psychologique (aucun des principaux
protagonistes n'est une personnalité simple, limpide), et suspense
dramatiquement efficace. L'ensemble des interprètes, de Russell Crowe à
Kevin Spacey, en passant par l'incontournable James Cromwell, Danny de
Vito, Kim Basinger et l'excellent Guy Pearce, réussissent à nous
captiver et, pour certains d'entre eux tout au moins, à capter notre
sympathie, alors que les personnages incarnés sont tous, à divers
degrés, véreux ou antipathiques. Osmose particulièrement
réussie entre vision globale d'un corps policier en décomposition,
destins individuels plus ou moins tragiques, et initiation aux dures
réalités d'un jeune idéaliste. Le tout serti dans un scénario inventif,
ensorcelant, parfois poignant, d'où tout manichéisme est absent. Une
belle réussite.