La guerre civile espagnole vient de se terminer par la victoire du
Général Fanco ("La Muerte", comme chantait Leo Ferré...).
Mais des groupes de résistants combattent encore, et un petit nombre
d'entre eux mène la vie dure au Capitaine Vidal (Sergi Lopez), isolé
au milieu d'une forêt hostile. La jeune femme qu'il a récemment
épousée, Carmen (Ariadna Gil), arrive avec la fille qu'elle a eue
d'un premier mariage, Ofelia (Ivana Baquero). La fillette se sent
particulièrement mal à l'aise. Au cours d'une promenade dans les
environs du camp, elle découvre l'entrée d'un monde souterrain
magique...
La première surprise est de voir cohabiter, ce qui n'est pas
fréquent, deux genres aussi différents que le film de guerre et le
conte fantastique. Et, qui plus est, avec un certain bonheur. Le fil
conducteur qui unit ces deux mondes est tenu par une sorte de petite
"Ariane" contemporaine qui, bercée par les fables
féériques dans sa prime enfance, réussit à fuir l'univers
cauchemardesque qui l'entoure, pour retrouver celui dont elle est la
Princesse exilée. La narration oscille donc sans cesse entre
bouffées d'onirisme, plages de poésie élégiaque, et flambées de
sauvagerie pure, geysers de haine viscérale. Incarné de manière
aussi glaçante que sobre par un Sergi Lopez démoniaque, le
personnage de Vidal rejoint sans peine le panthéon des monstres
d'autant plus terrifiants que leurs pulsions jaillissent comme
l'éclair d'une personnalité qui paraît contrôlée. Dans des
décors fantasmagoriques, le plus souvent inquiétants, même lors des
incursions d'Ofelia dans le monde souterrain, sous un ciel constamment
plombé d'où le soleil, la lumière sont constamment absents, noyée
sous des trombes d'eau (symbole de l'inconscient ?), l'aventure se
développe jusqu'au dénouement qui prend la forme d'une initiation.
Laquelle n'est pas sans rappeler, lors de la dernière
"épreuve" subie par Ofelia, celle du "Voyage
Initiatique" qui clôt le premier tome de "L'Initié".
Pourtant, bien que l'émotion soit sollicitée avec efficacité et
constance par les multiples incursions dans les extrêmes, qui
jalonnent l'oeuvre, l'impression d'ensemble reste mitigée.
Comme si le spectateur contemplait ce qui se déroule sans avoir la
possibilité de s'y plonger, en y demeurant partiellement étranger.
Quelle(s) raison(s) à cela ? Sans doute déjà le fait que nombre de
clés ne sont pas livrées. Pourquoi Vidal est-il devenu ce
tortionnaire glacial ? On ignore tout de lui, de son passé, de ses
tourments, ce qui procure à son personnage un aspect robotisé, à
ses actes une gratuité dérangeante. Quant aux
"visites" d'Ofelia dans le royaume magique, l'évidence du
symbolisme n'y est pas non plus foncièrement accessible (exception
faite de l'"Ogre" Franco...). En fin de
compte, si l'oeuvre marque l'esprit, donne naissance à des émotions
multiples, elle ne semble pas réussir totalement à unir les opposés
dans une alchimie enchanteresse.