Muriel
(Ariane Ascaride), François
(Jean-Pierre Darroussin) et René (Gérard Meylan) étaient jadis
cambrioleurs. Depuis une quinzaine d'années, à la suite d'une "bavure"
qui révèlera son mystère, ils se sont séparés et reconvertis. La jeune
femme vit avec son fils Martin (Giuseppe Selimo) et tient un magasin
haut de gamme à Aix en Provence. François vit avec sa femme et ses deux
filles et a créé un petit garage de réparation de bateaux. Quant à
René, il vit plus ou moins de proxénétisme. Lorsque le fils de Muriel
est kidnappé, et qu'une forte rançon est demandée, elle fait appel à
ses deux anciens partenaires...
Après un "Marius et Jeannette" qui
avait fait
connaître Robert Guédiguian et auquel j'avais été fort peu sensible, la
sortie de "Marie-Jo et
ses deux amours"
avait quelque peu changé la donne. Grave, sensible,
mélancolique,
le film semblait ouvrir une nouvelle voie dans la création très
"fermée" (toujours les mêmes acteurs, le même décor marseillais) du
réalisateur. Avec cette nouvelle histoire, la déception est aussi
majeure que brutale, malgré un thème de départ riche de promesses (les
illusions perdues, le regret d'être passé à côté de l'essentiel
désormais inaccessible, le poids des actions anciennes). Les héros sont
des truands, soit. Cela n'a jamais été un handicap à l'intérêt ou même
à la sympathie que l'on peut éprouver pour les drames qu'ils
traversent. Il suffit d'évoquer le souvenir de David Aaronson (Robert de
NIro) dans "Il était
une fois en Amérique" ou de Carlito Brigante (Al Pacino) dans
"L'impasse",
pour s'en convaincre. Ici, le scénario réussit l'exploit de rendre le
trio non seulement étranger à notre compassion, mais encore
profondément déplaisant, voire antipathique. A l'exception (très
ponctuelle, hélas !) de François, aucun des personnages, engoncés dans
leurs frustrations, regrets, souvent à la limite de l'autisme, ne
réussit à rendre touchante une tragédie qui, sur le papier, promettait
beaucoup. Gérard Meylan, qui n'a jamais été un foudre
d'extériorisation, atteint un niveau d'inexpressivité maximal. S'il est
des cas où l'ellipse, le suggéré, les non-dits, sont générateurs de
tension émotionnelle, ce n'est assurément pas le cas ici ! De plus, la
narration semble avancer avec difficulté, cherchant ses repères
laborieusement. Cerise sur le gâteau, si l'on peut dire, certains des
rares dialogues sont, comme c'est assez souvent le cas dans les films
français, difficilement audibles et, pour faire "branché" sans doute,
une musique agaçante intervient lorsque l'on souhaiterait le
silence... Que ce soit dans l'histoire, les personnages, la conduite du
récit, il est bien difficile de trouver des éléments provoquant un
début d'enthousiasme. Une déception quasi totale !