La
seconde guerre mondiale a commencé. Une petite ville est occupée par
les Italiens, puis par les Allemands. La vie continue tant bien que mal.
Une jeune femme, Barny (Emmanuelle Riva), travaille comme correctrice
dans un service d'enseignement à distance. Athée et proche de
l'idéologie communiste, elle décide un jour d'entrer dans une église
et d'exprimer vertement à un prêtre ce qu'elle pense de la religion.
L'attitude ouverte de sa "victime", Leon Morin (Jean-Paul
Belmondo), la décontenance. Elle accepte de se rendre chez lui et de
lire les ouvrages qu'il lui prête...
Une histoire qui, a priori, n'est pas particulièrement
cinématographique. D'autant plus qu'il ne se passe pas grand chose,
événementiellement parlant, au cours de ces deux heures. C'est le
moins que l'on puisse dire. Même la guerre, qui sévit durant tout le
déroulement du récit, se voit réduite à une toile de fond quasiment
invisible. Melville concentre l'intégralité de sa création aux
pulsions internes des protagonistes, aux échanges verbaux, aux
fluctuations des consciences, à la découverte progressive, par une
âme simple, de l'un des sentiers qui conduisent vers la découverte du
Dieu intérieur. Leon Morin, prêtre non conformiste par nombre de
réactions de sa personnalité, mais cependant ancré dans un dogmatisme
traditionnel, tient lieu à la fois de psychologue, de confesseur et
d'enseignant. La présence de Jean-Paul Belmondo, ( dont c'était le
onzième film en deux ans ! ), surprend au premier abord, tant on s'est
habitué à le voir caracoler dans des oeuvres au style fort différent.
Mais, au bout du compte, il se révèle convaincant dans le mélange de
spontanéité abrupte et de sage maturité qu'il affiche avec
constance. Emmanuelle Riva, tour à tour fragile, naïve, inconsciemment
et maladroitement manipulatrice, est exceptionnelle de naturel et de
grâce. Fidèle à un style qu'il adoptera dans ses créations
policières futures ("Le Samouraï", "Le Cercle
Rouge"), Melville se montre sobre, presque ascétique dans sa mise
en scène. La brièveté de la plupart des scènes rend vivants des
échanges qui auraient pu rapidement conduire à un ennui distingué. Ce
n'est certes pas le film que l'on choisira pour égayer une soirée
entre potes, mais la trace qu'il laisse dans la mémoire est de celles
qui sont profondément gravées.
Film sur IMDB