Tommaso
Benetti (Alessandro Morace), âgé d'une dizaine d'années, vit assez
tristement avec sa
grande soeur Viola (Marta Nobili) et son père Renato (Kim Rossi
Stuart). Il pratique, non sans une certaine réussite, la natation, mais
rêve
de jouer au football. Un jour, la mère des deux enfants, Stefania
(Barbora Bobulova) réapparaît, et supplie son mari de lui permettre de
rester. Il accepte à contrecoeur et une certaine gaîté semble
réapparaître dans la famille. Tommaso se lie d'amitié avec Antonio
(Sebastiano Tiraboschi), qui vient d'emménager avec ses parents dans le
même immeuble. Puis Stefania disparaît à nouveau...
Pour
un premier film en tant que réalisateur et auteur, quelle
réussite ! Il n'y a pas à proprement parler d'histoire, de scénario
construit avec commencement et dénouement clairement identifiés comme
tels. Il s'agit d'une chronique familiale qui découvre, sur quelques
mois, les petites joies et les grandes souffrances d'êtres qui, aussi
bien par l'âge que par l'immaturité, sont tous des adolescents.
Stefania est, semble-t-il, car les dessous de ses perturbations
psychiques ne sont pas explicités, une nymphomane irresponsable.
Renato, qui paraît porter à bout de bras les jeunes rameaux qu'il a
enfantés, se révèle d'une fragilité extrême, allant jusqu'à transférer
sur son fils son désir de réussite, jusqu'à faire partager à ses
enfants les problèmes d'adulte qu'il est incapable d'assumer.
Paradoxalement, c'est le petit Tommaso qui donne l'impression de
détenir la clé susceptible d'éviter l'éclatement définitif de la
famille. Une clé qui est un mélange de sagesse native, d'amour
inconditionnel et de capacité d'auto-protection spontanée (ses
excursions au bord des toits, d'où il observe à la jumelle un monde qui
lui est sans doute étranger). Extraordinaire de justesse, de sobriété
expressive, Alessandro Morace donne à son incarnation une note
subtilement poignante que l'on n'est pas près d'oublier. Mais c'est
aussi l'ensemble de ces fragiles instants qui doit être salué, car le
réalisateur (en l'occurrence remarquable également en tant qu'acteur
!), sait esquiver tous les pièges qui guettent de telles chroniques,
souvent plus mélo-dramatiques que purement et sèchement
dramatiques. Et, surtout, loin de porter un jugement quelconque sur ses
personnages, il prouve à chaque instant qu'il leur porte une tendresse,
voire une compassion, profondes. Et de cette bienveillance naît une
oeuvre profondément humaine et sensible.