Lama Norbu (Ruocheng Ying) est
à la recherche de la réincarnation de l'un de ses Maîtres, le Lama
Dorje, mort depuis quelques années. Une information lui est transmise
depuis le centre bouddhique de Seattle. Une forte probabilité existe
que le sage se soit réincarné dans la personne du jeune Jesse Conrad
(Alex Wiesandanger), âgé de sept ans. Norbu fait le voyage depuis le
Bhutan et prend contact avec la famille de Jesse, son père, Dean (Chris
Isaak), architecte, et sa mère, Lisa (Bridget Fonda). D'abord plus que
réticents à cette idée, pour eux saugrenue, ils finissent par
accepter l'hypothèse que leur enfant puisse être cette réincarnation
d'un lama tant vénéré. Dean et Jesse partent pour le Bhutan où deux
autres enfants, candidats potentiels, ont été découverts.
L'idée de départ est excellente. Même s'il attire de plus en plus de
sympathisants et d'adeptes, grâce à son application intelligente,
pratique, et non dogmatique de l'Amour Universel, le Bouddhisme demeure
tout de même assez étranger à la grande majorité des Occidentaux.
L'abord de cette philosophie mystique par le biais d'une quête de la
réincarnation d'un grand Lama permet de pénétrer dans ce monde
spirituel, tout en gardant les pieds dans notre univers matériel. De
plus, la jeunesse de Jesse donne l'occasion de raconter l'accès à
l'illumination du Prince Siddharta sous la forme narrative, ludique et
visuelle d'un conte féerique accessible à tous.
Mais là se situe aussi la limite de l'entreprise. Car, si le choix de
Keanu Reeves, a priori surprenant, se révèle finalement judicieux, si
la mise en images nous livre de magnifiques tableaux, l'ensemble demeure
tout de même très superficiel et semble plus proche du genre dessin
animé style Disney que d'une leçon de sagesse, aussi abordable
soit-elle.
Quant à l'histoire proprement dite, son authenticité est relativement
préservée grâce à la présence de Moines et cérémonies
bouddhistes, mais elle manque, elle aussi, singulièrement de densité,
et l'intervention des deux autres enfants n'apporte beaucoup de matière
supplémentaire. Toutes les qualités primordiales qui constituent la
grandeur, la noblesse spirituelles de cette Voie, et qui font
cruellement défaut à notre société, à savoir : la compassion, le
détachement ainsi que la libération de la roue des réincarnations, ne
sont qu'effleurées.
L'ensemble constitue un spectacle agréable, esthétiquement très
réussi, comme souvent chez Bertolucci, alternant dominantes jaunes pour
le récit oriental et bleues pour la partie occidentale, soutenu par une
belle musique de Ryuichi Sakamoto, mais dont l'impact demeure
relativement superficiel. Beaucoup plus que celui du récent "Samsara",
par exemple !