Richard
Hoover (Greg Kinnear) est un battant né. D'ailleurs, ne vient-il pas de
créer un programme intitulé "refuser d'échouer en 9 étapes", qu'il
espère bien voir devenir un best seller en librairie. Mais tout n'est
pourtant pas aussi rose autour de lui. Sa femme Sheryl (Toni Collette)
ne partage pas toujours sa vision de vainqueur permanent et, surtout,
son fils Dwayne (Paul Dano) a décidé, voici 9 mois, de ne plus
prononcer un seul mot, tant qu'il n'aura pas intégré une école de
pilotes de l'air. Un jour, arrive une grande nouvelle : Olive (Abigail
Breslin), la petite soeur de Dwayne, apprend qu'elle peut participer à
la finale du concours de "Little Miss Sunshine" en Californie. Devant
sa joie, les parents décident de la conduire le week-end suivant sur le
lieu de la compétition. Le problème est qu'il faut emmener également
Frank (Steve Carell), frère de Sheryl, qui sort d'une tentative de
suicide, et le grand-père Edwin (Alan Arkin), accro à l'héroïne et
obsédé du cul...
Une bien sympathique surprise que cette comédie douce-amère
arrivée d'outre-atlantique, qui change agréablement des pitreries
potaches à la mode depuis quelques années. Si le rire est souvent
présent dans cette aventure familiale, il n'est pas un but en soi et la
première réussite des créateurs est d'avoir établi un équilibre
exceptionnel entre les composantes du film. Le drame n'est en effet
jamais très loin de la surface faussement insouciante, tout comme la
satire d'une certaine conception de la vie et de la réussite "made in
America". Mais ces incursions se font toujours avec mesure, sans
boursouflures artificielles ou procédés manipulateurs. La seconde
réussite naît de l'approche résolument humaine des personnalités.
Certes la descente dans les abîmes des tempéraments n'est pas à l'ordre
du jour, et ce sont davantage des caricatures qui nous sont proposées
que des psychanalyses approfondies. Mais le trait n'est jamais grossier
et surtout il ne vire jamais au jugement ou au mépris. Bien plus, le
scénario, sans mièvrerie ni prêchi prêcha, métamorphose progressivement
et positivement le comportement de personnages qui, au commencement de
l'histoire, ne sont pas, pour un certain nombre, des plus sympathiques.
La plupart sont totalement enfermés, l'un
dans sa tour d'ivoire de vainqueur inébranlable (Richard), l'autre dans
sa dépression (Frank), le troisième dans sa dépendance (Edwin), un
quatrième (Dwayne) dans un autisme délibéré... Situation qui, a
priori, n'est pas des plus opportunes pour aider le spectateur à entrer
dans le petit monde de ces Américains moyens. Et pourtant... Grâce à
une légèreté constante, à une tendresse manifeste pour tous ces malades
de l'esprit, et à une narration très fluide, ce sont des êtres
aussi touchants que chaleureux qui se dessinent au fur et à mesure que
les événements bousculent les certitudes et lézardent les murs
des prisons psychiques. Quant au final, autant dire qu'il est
particulièrement jouissif. Flanquer le bordel dans une telle cérémonie,
proprement horrifique entre poupées ripolinées et présentateur
hyper glauque, revient quasiment à faire oeuvre de salubrité
publique. Et on peut rêver à la jubilation pure qui naîtrait d'une
semblable tornade dévastatrice dans les soirées propres sur elles des
Miss France ! Quitte à faire dégringoler le chapeau vissé sur le crâne
de Madame de Fontenay...
Film sur IMDB
Bernard
Sellier