Un avion vient de se crasher sur
une île. Une quarantaine de survivants reprennent peu à peu leurs
esprits. Il y a là Jack Shephard (Matthew Fox), médecin, Kate Austen
(Evangeline Lilly), Shannon Rutherford (Maggie Grace), une jolie
blonde, Sayid Jarrah (Naveen Andrews), un ancien militaire Irakien,
Charlie Pace (Dominic Monaghan), membre drogué d'un groupe de rock...
Jack décide de partir dans la jungle à la recherche du cockpit de
l'avion, où il espère trouver un émetteur. Kate et Charlie
l'accompagnent. Ils découvrent effectivement l'avant de la carlingue,
ainsi que l'un des pilotes, encore vivant. Mais le malheureux ne le
reste pas longtemps, car une "chose" monstrueuse le liquide
illico presto. Et mystères tout comme dangers ne font que
commencer...
Il est bien loin le temps des classiques séries pépère, du style
"Amicalement vôtre", "les Mystères de l'Ouest"
ou "Chapeau melon et bottes de cuir", qui emmenaient le
spectateur dans de petites aventures tranquilles, habitées d'un
soupçon de fantastique, à peine susceptible de faire frissonner un
enfant de cinq ans ! Que ce soit "24
heures" ou cette série, la mode n'est plus au divertissement
de tout repos ! A peine dix minutes, le temps que les premiers
personnages émergent de leur traumatisme, et la machine à terreur
s'emballe déjà ! La recette est simple : il faut saisir l'attention
du spectateur, lui décocher, d'emblée, un uppercut dans le centre
émotionnel, et, surtout, ne plus le lâcher d'une seconde ! Avant que
la série "24 heures"
n'apparaisse, n'importe quel humanoïde sensé n'aurait pas cru
réalisable d'entasser les doses de suspense, en crescendo, durant
vingt-quatre épisodes, étant donné le niveau hyper-élevé du
départ. Désormais, on sait que c'est tout à fait possible, et,
pire, gobable ! Par conséquent, au bout de deux heures déjà
gorgées de mystères et d'angoisse, il est évident que le drame
tiendra ses promesses. Entre flash back dévoilant peu à peu les
zones d'ombres de chaque protagoniste et les événements qui
attendent dans chaque recoin de leur île paradisiaque, il vient même
à l'esprit que les dix-sept heures de projection suffiront à peine
à contenir cette débauche de trouvailles !
Mais... et ce n'est qu'une des nombreuses surprises qui émaillent
cette série, les scénaristes ont pris à contre-pied l'attente du
spectateur en suspendant les sources d'angoisse durant de longues
périodes ! Au point que, par moment, il serait presque possible de
croire que nous sommes revenus d'un cauchemar diabolique, dans un
véritable Club Méditerranée. Au point que l'impression qu'un trou
d'air s'est produit subitement dans l'inspiration des auteurs, fait
surface. Mais ce n'est là qu'une illusion, comme beaucoup
d'événements dans cette histoire complexe. Heureusement, et
subtilement, les créateurs profitent de ces pauses pour
dégoupiller le passé trouble de tous les protagonistes, ce qui rend
chacun d'eux infiniment proche de nous, et même sympathique, tant le
pitoyable s'immisce dans tous les tempéraments, y compris les plus
antipathiques a priori ! Chaque personnage est croqué avec fermeté,
justesse et une intense compassion. Sculptés de prime abord
sommairement, tous évoluent progressivement au gré des traumatismes
qui les accablent, réveillant les blessures non cicatrisées du
passé. Tous résonent sur une note particulière, et la
confrontation forcée qui leur est imposée finit par générer une
composition orchestrale dont l'harmonie se développe lentement mais
sûrement.
A cet aspect humain de l'aventure, s'ajoutent plusieurs qualités
fondamentales qui exaltent l'originalité et l'intérêt de
l'ensemble. S'inspirant de l'idée basique du "Projet
Blair Witch", mais loin de l'arnaque véhiculée par ce film
affligeant, le danger est beaucoup plus suggéré que montré. Les
longues périodes d'accalmie rendent d'ailleurs ces moments
dramatiques particulièrement terribles. Mais la plus grande réussite
tient sans doute au fait que de multiples options explicatives sont
proposées, au fur et à mesure que les tragédies s'installent, sans
qu'une direction particulière semble privilégiée. Les
scénaristes ont fait le choix risqué, mais efficace, se placer dans
l'optique des malheureux jetés sur ce nouveau monde à apprivoiser,
c'est-à-dire dans une ignorance totale et traumatisante de ce que
sera l'inconnu de la minute suivante. Un article fort intéressant sur
la conception de la série figure dans le N° 88 de "Home Ciné
DVD".
Quelques longueurs, un certain nombre de péripéties répétitives,
mais un concept novateur, des personnalités marquantes, toutes
inoubliables, un équilibre remarquable entre suspense et
investigations psychologiques et, surtout, une vibrante humanité.