A
la suite de la mort de l'un de ses indics, le policier Joe Miller
(Peter Krause) entre en possession de la clé d'une chambre de motel.
Mais la première fois qu'il l'utilise, il se rend compte avec
stupéfaction que, introduite dans n'importe quelle serrure, elle fait
déboucher sur une pièce magique, située dans un univers parallèle.
Quelques jours plus tard, la fille de Joe, Anna (Elle Fanning), entre
dans la pièce et disparaît. Son père se lance dans une quête insensée
afin de retrouver son enfant. Il apprend qu'une multitude d'objets
banals, jadis placés dans la chambre mystérieuse, sont capables de
remodeler la réalité, et de donner à leurs possesseurs des pouvoirs
magiques...
Le moins que l'on puisse dire est que l'idée première ne
manque pas d'originalité. Si la surabondance des surhommes les a rendus
ordianires ("Superman", "Spide-rman", "Hulk", "Heroes"...),
il est beaucoup moins courant de voir un peigne, un stylo bille, un
coupe-ongles ou un réveil matin capables de plier le temps ou de
téléporter des humains à trois mille kilomètres de distance ! Autant
dire que les esprits logiques et cartésiens risquent de jeter
rapidement l'éponge devant cette accumulation de délires permanents.
Poue tous ceux qui acceptent le rêve ou l'irrationnel, l'appréciation
sera heureusement différente. Ils salueront l'imagination débordante
des scénaristes, l'éclectisme des personnages, et l'interprétation très
engagée de Peter Krause. Pourtant l'ensemble laisse une impression
assez mitigée. Si on se passionne pour la course contre la montre
que mène Joe, si on s'émerveille pour les trouvailles et les
rebondissements qui ponctuent l'histoire, il faut reconnaître qu'il n'y
a pas réellement d'évolution dans la dramaturgie ou dans le suspense au
fil des épisodes, et qu'une certaine répétitivité s'installe. Un objet,
un personnage conduisent à un nouvel objet, un nouveau personnage, puis
à un troisième et ainsi de suite. Les créateurs ont-ils visé un peu
haut avec cette intrigue mystico-divine, ont-ils éprouvé de la
difficulté à développer leur concept jusqu'à un dénouement que l'on
aurait souhaité transcendant ? Il est légitime de se poser la question.
En effet, au fil du récit, l'universel marque le pas et cède la
place à un tragique beaucoup plus individuel, recentrant l'aventure sur
la disparition d'Anna et sa recherche par un père légitimement
angoissé. Cela se comprend humainement, mais reste regrettable sur le
plan du mystère pur, qui, du coup, subit un affaiblissement progressif
jusqu'à un final où il retourne carrément à son obscurité
première.
Une intéressante réussite, tout de même, qui a, de plus, le
mérite de se concentrer sur un petit nombre d'épisodes, évitant de la
sorte un délayage excessif.