Bob Harris (Bill Murray) séjourne quelques jours à Tokyo afin de
tourner des spots publicitaires pour une marque de whisky. Outre le
gain important, le but était de s'éloigner de sa femme. Mais
l'immersion dans ce monde étranger alliée au décalage horaire le
rend insomniaque. Charlotte (Scarlett Johansson), récemment
diplômée de philosophie, accompagne son mari, John (Giovanni
Ribisi), photographe de stars. Mais il semble plus passionné par sa
profession que par sa jeune épouse. Charlotte s'ennuie ferme et
cherche un peu de chaleur humaine auprès de Bob...
"The Virgin Suicides", le précédent film de Sofia Coppola,
ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable. Sans doute une
re-visitation serait-elle nécessaire ! Mais, autant l'avouer tout de
suite, ce "Lost in translation", encensé par la plupart des
critiques, est loin de m'avoir transporté ! L'idée de départ est
intéressante : une sorte d'équation mathématique simple :
motivations bancales + décalage horaire + barrière de la langue +
fossé entre civilisations = débarquement sur la planète Mars, pour
ne pas dire sur Aldébaran ! En quelques courtes séquences, le
spectateur est plongé corps et biens dans un univers hermétique,
totalement étranger à notre appréhension des codes et habitudes.
Bill Murray, sorte de Droopy lunaire déboussolé, génère une
sympathie immédiate. Il en est de même pour Charlotte, dont le
sourire (malgré une bouche horrible !), ne résistera pas longtemps
aux pressions suffocantes de l'environnement. La réalisatrice
sous-entend avec tact, suggère avec élégance, se montre d'une
grande justesse et surtout d'une infinie délicatesse dans la peinture
de ces deux inconnus qui, sortis d'un contexte oppressif, ne se
seraient sans doute jamais remarqués, encore moins rapprochés. Elle
nous conte une sympathique histoire d'apprivoisements : celle de
l'autre et celle d'un environnement hostile, livre une exploration
fine de l'éventualité d'un possible manqué, offre quelques beaux
moments poétiques (le voyage de Charlotte à Kyoto). Cependant, à
force de mollesse et d'hésitations, l'ensemble apparaît lent,
poussif, d'une répétitivité en osmose avec la situation, mais au
final lassante, et d'une douceur générale anesthésiante.
Une oeuvre subtile, transparente, délicate, mais dont la retenue
excessive ne correspond pas vraiment à mes goûts profonds.