Ludwig (Helmut Berger) est
couronné Roi de Bavière. Il profite de sa nouvelle situation pour
faire venir auprès de lui l'être qu'il considère comme un génie
surhumain, Richard Wagner (Trevor Howard). Mais celui-ci fait scandale
en affichant sa liaison avec Cosima (Silvana Mangano), épouse du chef
d'orchestre Hans von Bülow (Mark Burns). Incompris de ses proches,
Ludwig trouve quelque réconfort auprès de sa cousine Elisabeth
d'Autriche (Romy Schneider). Mais le poids des responsabilités
politiques pèse de plus en plus sur ses épaules...
Eloigné de la magie surnaturelle, éthérée, de "Mort
à Venise", ainsi que de l'effroyable descente aux enfers des
"Damnés", c'est plutôt vers
la mélancolie altière du "Guépard"
que se tourne cette oeuvre. Mais là où Don Fabrizio Salina conservait
jusqu'au bout une lucidité aussi froide que désespérée, Louis II
sombre progressivement dans un autisme agressif et auto-destructeur. Au
fil de longues scènes, nous assistons à la subtile dégradation du
mental de celui qui était écartelé entre des rêves d'inaccessible
beauté et la dure réalité de l'incarnation physique, avec ce que cela
suppose de limitations. Celles de l'argent furent bousculées grâce à
sa position de monarque, donnant naissance aux merveilles que seront les
châteaux (Neuschwanstein, en particulier, mais aussi le grandiose
Herrenchiemsee, avec sa galerie des glaces plus longue que celle de
Versailles !). Il n'en fut pas de même des autres, qu'elles soient
artistiques ou sentimentales, ce qui pesa lourdement sur la raison
déjà fragile du Roi. Incapable d'enfanter par lui-même des
oeuvres immortelles, il crut pouvoir vivre ses pulsions créatrices à
travers la personnalité de Wagner, mais la déception fut à la mesure
du gigantisme des espoirs placés en lui. Quant à l'amour, ce ne fut
guère plus brillant, puisque sa tentative désespérée de plonger dans
le mariage traditionnel avec la soeur de Sissi, la charmante Sophie
(Sonia Petrovna), dut céder devant les poussées homosexuelles qui
torturaient son corps.
Fidèle à son attirance pour la lenteur, Visconti visite avec une
sensibilité méditative un certain nombre de phases clés dans la vie
de Louis, suivant en cela les diverses accusations proférées par les
ministres qui étudiaient les motifs susceptibles de justifier la
destitution du monarque. Grâce à l'incarnation exceptionnelle
qu'Helmut Berger donne de son personnage (regard de braise dans un
visage d'ange), mais aussi à son génie propre, le réalisateur est
parvenu à insuffler la vie jusque dans les derniers instants de la
courte existence de cet être hors normes, d'où, justement, la vie
s'était quasiment retirée. Les rares instants lumineux naissent
de la radieuse Romy Schneider, étoile filante et anti-conformiste dans
un monde bridé par les contingences matérielles.