Ludwig
van Beethoven (Gary Oldman) est mort. Son unique frère survivant espère
être l'héritier, mais Schindler (Jeroen Krabbé), l'ami (enfin, si l'on
peut dire, puisqu'il se fait traiter de violoniste raté et de
crétin...) du compositeur, découvre une ultime lettre du Maestro "A la
bien aimée lointaine". C'est à cette inconnue, non nommée, que
Beethoven souhaite léguer ses biens et sa musique. Mais qui est-elle ?
Schindler part à sa recherche auprès des femmes qui ont compté dans la
vie du musicien...
Lorsque apparaît le mot "fin" sur l'écran, une question légitime se
pose. Quel a été le but du réalisateur en nous offrant ces deux heures
consacrées à l'un des plus grands génies de la musique ? Un hommage ?
C'est ce qui paraissait intellectuellement logique
en commençant la vision. Au vu du résultat, ça tient infiniment plus du
lynchage en règle que de l'hagiographie ! Que les génies de la
peinture, sculpture, musique, littérature, ne soient pas des saints,
c'est une évidence. Et le malheureux Beethoven, victime de la pire
punition qui puisse atteindre un artiste compositeur, à savoir la
surdité, peut légitimement avoir souffert au plus haut point de cette
infirmité ! De là à voir fulminer du début à la fin une espèce de fou
furieux, grossier, vulgaire, égoïste, violent, méprisant, à la limite
de l'autisme...il y a un grand pas, me semble-t-il ! Dès lors, cette
quête, d'ailleurs assez maladroitement menée, à mon sens, par un
Schindler monolithique et surtout désacralisée par un commentaire en
voix off assez basique, paraît bien abstraite et vaine. Heureusement
que l'on se pose souvent la question : quelle sera la femme
qui a pu devenir amoureuse de ce pantin pitoyable ? Lorsque la vérité
nous est livrée, après maints pétages de plombs et délires
pathologiques, on se dit que le grand Beethoven avait effectivement un
intense besoin d'une psychothérapie efficace !
Mais le plus triste dans ce film n'est pas dans cette accumulation
caricaturale de méchanceté et d'enfermement sur soi-même. Pour moi, le
pire est l'absence quasi totale de grandeur, d'envergure, de poésie et,
surtout, le fait dramatique qu'à aucun moment, ne transparaît
la noblesse d'inspiration qui a fait de cet homme un titan
musical. Ce personnage de pitre, à la limite du repoussant, investi par
un Gary Oldman en osmose totale avec la vision privilégiée par le
réalisateur, pourrait tout aussi bien n'être qu'un petit professeur de
piano provincial à l'esprit dérangé ! S'impose, tout au long
de l'œuvre, l'horrible impression que Bernard Rose, ou son scénariste,
n'ont volontairement retenu de sa vie que les mesquineries, les
méchancetés, les bassesses, en occultant l'aspect créateur et
visionnaire du génie. C'est tout de même un comble ! Même dans les
délires baroques et les visions psychédéliques d'un goût parfois
douteux que nous livrait Ken Russell dans ses "Mahler" ou "Music
Lovers", il était possible de percevoir la folie inspiratrice de Mahler
ou de Tchaïkovsky. Ne parlons évidemment pas du génial "Amadeus"... Ici, c'est le néant absolu.
Que retirer de cette oeuvre déroutante ? Quelques rarissimes instants
qui marquent le souvenir : avec la comtesse Anna Marie Erdödy (Isabella
Rossellini) et la scène où, pendant "l'écoute", si l'on peut dire, de
sa neuvième symphonie, on voit le jeune Beethoven, étendu, s'élever et
se fondre dans les étoiles. Ainsi que la composition de Gary Oldman.
C'est bien peu.
Désolant...