Linda Voss (Melanie
Griffith), une femme d'une soixantaine d'années, est chargée par la BBC
de relater les faits d'espionnage qui l'ont concernée pendant la
seconde guerre mondiale. Au début de 1940, toute jeune secrétaire,
passionnée de cinéma, elle cherche à se rendre utile au Ministère de la
guerre. Connaissant parfaitement l'allemand, elle devient traductrice
pour un mystérieux avocat, Ed Leland (Michael Douglas), qui effectue de
mystérieux voyages et dicte de non moins mystérieux courriers. Il ne
lui faut pas longtemps pour se rendre compte qu'il travaille pour les
Services Secrets. Ils deviennent amants. Lorsqu'un agent, infiltré chez
un dignitaire nazi, est retrouvé pendu, elle se propose pour le
remplacer dans la demeure en tant que cuisinière. Malgré une forte
réticence, Ed finit par accepter. Après une très brève formation, la
jeune femme se retrouve donc en Allemagne, fait la connaissance du
principal correspondant occidental "Anemone" (John Gielgud), et se
retrouve plongée dans l'enfer des SS...
Anecdotiquement, ce film est le premier qui ait été tourné à l'est
après la chute du mur de Berlin en 1989. Construit en un long flash
back entrecoupé de minuscules retours au studio d'enregistrement, le
film se veut authentique. Nous avons donc périodiquement droit à
quelques images d'époque qui s'élargissent rapidement et se colorisent,
afin d'intégrer le parcours de Linda dans une "vraie" réalité.
Le résultat est plus que satisfaisant sur certains points, assez
déroutant sur d'autres. Si la mise en scène est des plus classiques,
l'idée de base, la progression émotionnelle, et, surtout, l'incarnation
que donne Melanie Griffith de cette jeune femme naïve, inconsciente et
volontaire, sont tout à fait convaincants. Fine, sensible, très
expressive tout en conservant une modération qui n'occulte pas
l'intensité, elle porte sur ses frêles épaules l'ensemble de
l'histoire, ne laissant finalement que peu de place aux hommes. Si Ed
Leland occupe, dans la première moitié, l'espace, avec sa morgue et sa
faconde habituelles, il s'efface ensuite pour laisser cette moderne
Mata-Hari s'enfoncer dans la solitude et la peur de l'espion. La
confrontation de ces deux êtres que tout oppose de prime abord, est de
toute évidence ce qui élève le film. A contrario, la partie espionnage
en Allemagne, retombe dans un méli-mélo où l'invraisemblance grandit
exponentiellement et dont il ne faut pas chercher autre chose qu'une
émotion basique. Franz-Otto Dietrich (Liam Neeson), Konrad Friedrichs
("Anémone")(John Gielgud), auraient pu voir leurs personnalitéss
complexes développées. Malheureusement, ils font de la figuration et
celle-ci, surtout en ce qui concerne le premier, ne fait pas partie des
passages les plus crédibles !
Un ensemble hétéroclite qui est appréciable en tant que drame humain,
mais dont il ne faut pas attendre une quelconque profondeur historique
ou même scénaristique.