Simon (Jean-François Stevenin) et Dédé (Patrick Bouchitey)
traînent leurs cuites et leurs mal-être sur les plages bretonnes.
Ils sont continuellement en butte aux sarcasmes de Gérard
(Jean-Pierre Bisson), mari de Nadine (Laura Favali), soeur de Dédé.
Simon semble particulièrement sensible aux plaisanteries douteuses de
son coéquipier à propos d'une sirène...
Le premier exploit est d'avoir réussi à rendre acceptable une
dérive particulièrement odieuse, qui n'est pas sans évoquer le
sujet du poignant "Parle avec elle" d'Almodovar. Grâce,
sans doute, à la personnalité de Simon, beaucoup plus nuancée que
celle de son compère. Comme ce dernier, il est, la plupart du temps,
ivre, se montre presque aussi irresponsable, et, cependant, pointent,
ponctuellement, quelques lueurs d'humanité et de timides velléités
d'amour. Patrick Bouchitey, lui, s'est réservé une incarnation brute
de décoffrage, qui dévale la vie sans freins ni direction. Il en
fait beaucoup dans le délire extraverti. Quant à la narration, elle
semble, tout au moins dans la première moitié, s'harmoniser avec la
dérive des personnages : le spectateur ne sait pas vers quoi il est
emmené. La seule information qui nous est servie est que déchéance
et désespoir sont à l'ordre du jour. Le choix du noir et blanc est
plus que judicieux, apportant une austérité indispensable à
l'errance des deux bougres.
Le film est dédicacé à Patrick Dewaere, mort neuf ans plus tôt. Il
est vrai que l'on pense, plus d'une fois, à une sorte de "Valseuses"
version morbide. Et, cependant, malgré la noirceur du propos, malgré
la misère physique et mentale des protagonistes, malgré la
sordidité des décors, une incontestable vie anime l'oeuvre. La
gratuité des événements, qui semblait occuper le devant de la
scène pendant un long moment, laisse place progressivement à une
logique de l'absurde et de l'impur qui tenaille le spectateur tout en
lui interdisant l'indifférence.
Dérangeant, pervers, mais envoûtant.