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" The  Machinist ",  

( El Maquinista ),         2004,

de : Brad  Anderson,

avec : Christian Bale, Jennifer Jason Leigh, Aitana Sánchez-Gijón, Michael Ironside, John Sharian, Craig Stevenson, Anna Massey,

Musique :  Roque Baños

*******

machinist

    

    Trevor Reznik (Christian Bale) travaille dans une entreprise de mécanique, sous la férule du méprisant chef d'atelier Tucker (Craig Stevenson), qui l'a particulièrement pris en grippe. Il faut dire que le physique de Trevor est pour le moins atypique. Presque squelettique, peu communicatif, il a également la particularité exceptionnelle de ne pas dormir depuis un an ! Un jour il provoque involontairement la mise en route d'une machine qui arrache le bras de l'un de ses collègues, Miller (Michael Ironside). Pour couronner le tout, Trevor semble apercevoir un homme mystérieux, Ivan (John Sharian), qui se dit employé à l'atelier, mais que personne ne connaît...

    Quatre ans avant le curieux et intéressant "Transsibérien",  Brad Anderson qui, jusqu'alors n'avait pourtant guère réalisé de film marquant, donne naissance à cette oeuvre dramatique, mâtinée de paranormal, exceptionnelle de maîtrise et de pouvoir ensorcelant. Il y a tout d'abord, c'est une évidence, la performance physique de Christian Bale. Cadavérique, le visage émacié, le regard halluciné, il égale avec d'autant plus d'aisance les prouesses du genre (De Niro dans "Raging Bull", par exemple), que jamais son incarnation ne dévie de la trajectoire sobrement ascétique qui lui est assignée. Mais cet exploit serait bien vain s'il ne servait un scénario particulièrement intelligent et riche (écrasement de l'homme par le monde physique, mais aussi et surtout par le pouvoir du mental), construit avec une adresse confondante, et, cerise sur le gâteau, serti dans un écrin totalement en adéquation avec la densité tragique de l'histoire. Souvent  proches du noir et blanc, parfois avoisinant le sépia des photographies d'antan, plombées par un ciel grisailleux, les images traduisent avec fidélité et acuité les univers intérieurs diversement perturbés du personnage complexe qu'est Trevor. Comme dans les plus grandes réussites du genre ( "Les Autres", "Sixième sens", "L'échelle de Jacob"...), le récit mêle avec autant de naturel que d'habileté les composantes saines, "naturelles", et les confusions visuelles qui gardent, jusqu'au dénouement, leur  nébulosité. Le spectateur devient un jouet subtilement manipulé et propulsé dans un monde parallèle, psychologiquement perverti, diaboliquement magnétique, qui, suprême adresse, sait constamment demeurer  réaliste et vraisemblable. 

    Une réussite majeure qui imprime une marque profonde, voire indélébile, dans la mémoire du cinéphile...

Bernard  Sellier 

  

 

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