Claire Canselier (Sandrine Bonnaire), visiteuse médicale pour le
laboratoire MB, participe à un congrès interne. Elle est nommée au
poste de responsable pour le Sud-Ouest, tandis que son collègue
local, Gilbert, part à la retraite avec pour cadeau, un phare
miniature. Au cours de la soirée, elle fait la connaissance de Pierre
Cassini (Jacques Gamblin), un étrange serveur déjanté, qui se
révèle appartenir à un trio d'improvisateurs, retenus par le
laboratoire pour assurer une animation originale. Le lendemain matin,
Claire doit prendre le train pour Lyon, mais, à la suite d'un
fâcheux concours de circonstances, elle rate le car qui doit la
conduire à la gare. Elle accepte l'invitation d'Alice Cohen (Isabelle
Candelier), membre féminin du trio, qui descend en voiture à Lyon
avec son compagnon Karim Coutard (Zinedine Soualem) et... Pierre...
Philippe Lioret aime décidément les phares ! Avant d'y consacrer un
film entier, ("L'Equipier") où
les tempêtes des coeurs le disputent à celles de l'océan, il
insérait déjà dans cette histoire une maquette, qui, malgré sa
taille réduite, joue un rôle non négligeable dans les choix
inconscients de l'héroïne. Un homme, une femme, une rencontre
fortuite... Rien de nouveau, côté fondement. Mais, comme l'explique
fort judicieusement Jean-Marie Roth dans son ouvrage "L'écriture
des scénarios", le nombre de thèmes basiques est extrêmement
restreint (sexe, amour, vengeance, argent, jalousie...). Tout l'art du
scénariste et du réalisateur réside dans sa capacité ou son génie
à transcender la banalité du sujet, pour offrir une composition dont
le pouvoir magique semble n'avoir jamais vu le jour.
Pas de grande passion volcanique et mortifère façon "Le
Patient anglais". Pas d'esbroufe cinématographique façon
"Un homme et une femme". Tous les sentiments sont ici, comme
d'ailleurs dans "L'Equipier",
contenus, feutrés, enfouis sous le manteau protecteur des
convenances, de la respectabilité. Ni franchement comédie, ni
franchement drame, le film parvient, malgré la tiédeur générale
qu'il assume crânement, à se construire une personnalité dont le
charme agit avec une efficacité d'autant plus grande qu'il se montre
discret. Parsemé de séquences aussi émouvantes que générant une
sympathie immédiate, (en particulier celle du mariage dans laquelle
l'envoûtement d'une délicieuse improvisation opère pleinement),
l'oeuvre observe avec délicatesse et pudeur les émois mesurés des
deux personnages, dont l'osmose éphémère se réalise quasiment à
l'insu du spectateur. Jacques Gamblin, sorte de Pierrot lunaire
désenchanté, se montre souverain dans la demi-teinte, et fait plus
d'une fois penser, même physiquement, à un Jacques Dutronc, pour
lequel le rôle semblerait écrit. Mais la majeure partie de
l'enchantement naît évidemment de Sandrine Bonnaire, radieuse,
beaucoup moins effacée, (heureusement pour notre égoïste plaisir
personnel !), que dans "L'Equipier",
qui se montre, de la première à la dernière minute, inoubliable de
lumière, de finesse et de sensibilité. Elle incarne à la perfection
le symbolisme du prénom de son personnage : Claire.
A la fois légère et grave, discrète et ensorcelante, cette oeuvre
laisse, après vision, une saveur vivace, où se mêlent subtilement
plaisir, bonheur, grâce, pudeur, mélancolie et douce amertume.
Un cocktail savamment dosé...