Margaret (Anne-Marie Duff), Bernadette (Nora-Jane
Noone), Rose (Dorothy Duffy) : trois jeunes filles qui se retrouvent
emprisonnées de force, par leurs parents, en 1964, dans un couvent
irlandais. Leur crime : avoir commis le péché de la chair, quelquefois
contre leur gré, ou même, avoir simplement regardé d'un peu trop près
les garçons de leur âge ! Dans l'enfer qui les "accueille", règne en
maîtresse absolue soeur Bridget (Geraldine McEwan). Leur vie
quotidienne : corvées du matin au soir, brimades, punitions
corporelles. Mais tout cela, bien sûr, pour l'accession au Paradis !...
Il ne s'agit, hélas, nullement d'une fiction. Et, paradoxalement, si
l'on parvient, à l'extrême rigueur, à comprendre que, pour divers
traumatismes psychologiques, une personne puisse avoir le cerveau
détraqué au point de détruire ses semblables, beaucoup plus difficile
est l'acceptation du fait que ce massacre puisse être perpétré par de
soi-disant représentants d'un Christ d'amour ! Au Moyen-Age, en pleine
période d'obscurantisme, sous le règne terroriste de l'Inquisition,
passe encore. Mais il y a dix ou vingt ans de cela ! Dans un pays
d'Europe proche de nous ! De manière institutionnalisée... De quoi vous
congeler le coeur !
Indispensable, donc, cette oeuvre. Mais surtout, de facture admirable.
Avec sobriété, justesse, authenticité, sincérité, grâce à l'implication
exceptionnelle des actrices, le réalisateur dépeint le quotidien
cauchemardesque de ces jeunes filles, oppressées, manipulées, étouffées
non seulement par la présence odieuse des soeurs, mais surtout par le
rejet écoeurant des pères et mères, englués dans un intégrisme barbare
faisant du péché un rouleau compresseur qui broie toute velléité
d'amour parental. Sans jamais sombrer dans la simplification ou le
sentimentalisme, Peter Mullan décrit avec acuité et rectitude la
destruction intérieure inhérente à ces années de tortures, tant
physiques que morales. Entrées pures, aimantes, spontanées, parfois
joyeuses, ces jeunes adolescentes voient se désintégrer rapidement
toutes leurs qualités juvéniles. En lieu et place, grandissent égoïsme,
rancoeur, colère, méfiance, haine. Au bout de quelques années, deux
voies s'offrent à elles : l'identification aux bourreaux (la vieille
Katy (Britta Smith)), ou la folie (la malheureuse Crispina (Eileen
Walsh)).
Le classicisme de la mise en scènne, sa discrétion, sa neutralité,
contribuent à mettre en exergue l'horreur quotidienne endurée par ces
victimes du fanatisme d'un autre âge hypocritement prêché au nom d'une
morale fondée sur le refus du plaisir. Une représentation intolérable
et hideuse de ce que peut être l'enfer dont les "saintes" religieuses
menacent à plaisir les pauvres recluses. Mais un enfer bien physique et
d'essence intégralement humaine.
Tragique et déchirant !