Claire (Annabella Sciorra)
et Michael Bartel (Matt McCoy) forment un couple heureux en compagnie
de leur petite fille Emma (Madeline Zima). La jeune femme attend un
second enfant et se rend auprès du docteur Victor Mott (John De Lancie)
pour un examen prénatal. Mais tout ne se déroule pas pour le mieux et
Claire, traumatisée, se plaint à son mari du comportement peu
déontologique du praticien. Elle décide de déposer plainte. Plusieurs
autres femmes font de même. Victor se suicide. Sa veuve (Rebecca De
Mornay) apprend, atterrée, que tous les biens qui lui reviennent ont
été placés en séquestre par l'état, dans l'éventualité de forts
dommages et intérêts à verser aux plaignantes. Quelques mois ont passé.
Claire accouche d'un petit Joey. Son mari lui propose d'engager une
baby-sitter, ce qu'elle finit par accepter. Une charmante jeune femme
se présente, Peyton Flanders. Il s'agit de Mrs. Mott, bien décidée à se
venger...
Entre "Bad
influence", (1990), déjà marqué par la noirceur interne d'une
personnalité manipulatrice, et "La rivière sauvage", (1994), à la trame
psychologique beaucoup plus simpliste, Curtis Hanson donne
naissance ici à un petit joyau d'angoisse frissonnante. Il faut dire
que loin des grosses bébêtes improbables du style "Godzilla" ou "Alien", la présence d'un
nouveau-né, symbole de la pureté et de la fragilité absolues, en tant
que cible potentielle d'un génie malfaisant, nous touche déjà au plus
profond des tripes.
La mise en
route est rapide, sans aucune fioriture. Le scénario ne s'attarde pas
une seconde sur l'origine du drame, et le cas du médecin crapuleux est
expédié en un tournemain. Lorsque la veuve entre au service de la
famille, on subodore une succession de séquences primaires, montant
crescendo jusqu'à l'horreur finale. Si, de fait, l'angoisse croît
progressivement, elle est générée par des sources multiples, habilement
articulées. Certes, Peyton a soif de vengeance. Mais son tempérament,
composé de parcelles d'ombre et de lumière étroitement imbriquées, est
suffisamment complexe et ambigu pour que la subtilité s'installe dans
sa relation aux différents membres de la famille. Usant tour à tour de
suggestions, d'insinuations, de menaces voilées, d'altruisme trompeur,
de manipulations raffinées, pénétrée d'une hypocrisie permanente, d'un
océan de haine aussi profond que son besoin insatisfait d'être aimée,
elle prend la forme d'un ver qui ronge de l'intérieur le milieu qui l'a
hébergée, tout en espérant y trouver sa place. Les yeux d'un bleu pâle
plombés par un regard aussi froid que l'acier, affichant, à de
rarissimes exceptions près, un calme plus inquiétant que la tempête qui
l'agite parfois, Rebecca De Mornay se montre l'interprète idéale pour
donner vie à cette femme-parasite qui tente désespérément de se créer
un cocon familial. Face à elle, Annabella Sciorra, arborant un visage
d'ange innocent, constitue un pendant judicieusement choisi. Au sein de
ce film dans lequel les femmes (à l'image de "J.F. partagerait appartement"), qu'elles soient
vénéneuses ou séraphiques, sont reines, l'homme possède une place
restreinte. Michael manque quelque peu de présence, et s'efface presque
devant Salomon (Ernie Hudson), sympathique Noir à l'esprit
déficient.
Sous ses dehors de thriller simpliste, ce film parvient à mêler de
façon convaincante, sobre, et dramatiquement efficace, deux trames
habilement complémentaires : un suspense douloureux et un processus
inéluctable de sabotage d'un couple exemplaire.
Le film
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