Les moissons ont commencé dans les grandes
fermes du Middle West. Katie Phillips (Debra Winger) conduit une
moissonneuse batteuse. Elle fait la connaissance de son propriétaire,
Gary Simmons (Tom Berenger). Celui-ci, veuf depuis trois ans, élève
seul ses deux enfants, Joey (Brian Bosak) et Rachel (Maria Valdez). Il
succombe au charme de la jeune femme. Mais Katie n'est pas vraiment ce
qu'elle prétend être. En réalité, le bureau du FBI, dans lequel elle
travaille en compagnie de son ancien amant, Michael Carnes (John
Heard), l'a envoyée en mission d'enquête. De lourds soupçons
d'assassinats racistes pèsent sur les épaules de Gary et de certains de
ses amis...
Depuis "Z" qui l'avait révélé, jusqu'à "Amen",
en passant par "Music Box",
Costa-Gavras s'est toujours concentré, avec plus ou moins de bonheur,
sur les déviations politiques, sociales ou humaines qui transforment le
monde en un vaste capharnaüm mortifère. Il aborde ici le racisme
ordinaire de certains états américains, dans lesquels la mentalité ne
semble guère avoir évolué depuis la guerre de Sécession. La première
surprise, moyennement convaincante, vient du fait que le réalisateur
livre très rapidement l'une des clés fondamentales de l'histoire, à
savoir l'identité de Katie. Sur un thème parallèle, Conan Doyle
conservait intact le suspense dans son roman passionnant, mais peu
connu, "La Vallée de la peur".
Mais, rapidement, l'orientation choisie par Costa-Gavras révèle tout
son intérêt et ses qualités. Sans affaiblir le suspense, qui est
simplement déplacé, il axe intelligemment le drame sur le dilemme
intérieur des personnages. Ce choix transforme des individus
fondamentalement malfaisants, bercés dès leur enfance dans la haine de
tout ce qui n'est pas blanc et soi-disant pur, en des êtres complexes,
qui, pour certains, acquièrent une humanité, certes orientée, mais
réelle. Au fur et à mesure que se développent les séquences, l'ombre et
la lumière des deux camps finissent par se mêler. Gary est assurément
un raciste dur et un meurtrier. L'amour qu'il ressent pour sa famille
et pour Katie n'a pas encore réussi à s'étendre à l'humanité toute
entière. Mais, de l'autre côté, Michael, dont les motivations sont, a
priori, saines, dévoile progressivement un aspect manipulateur qui
n'est pas franchement positif. Tom Berenger et Debra Winger, tous deux
solitaires en quête d'une reconstruction affective improbable,
particulièrement émouvants dans leurs déchirements intérieurs, habitent
leurs rôles avec une intensité poignante. Un pendant que l'on pourrait
qualifier de "sentimental" du très réussi "Mississipi burning",
mais dans lequel l'amour-passion ne submerge jamais le sujet
fondamental.