Le docteur Murchison (Leo G.
Carroll), responsable de la clinique psychiatrique de Green Manors,
doit laisser sa place au jeune docteur Edwardes (Gregory Peck). Ce
dernier arrive auréolé d'une réputation de grand clinicien et d'auteur
faisant autorité dans le domaine de la culpabilisation. Dès son
arrivée, le docteur Constance Peterson (Ingrid Bergman), restée jusque
là à l'écart des hommes, tombe immédiatement amoureuse de ce séduisant
médecin. Mais, très vite, les doutes s'installent. La vérité éclate
brutalement : Edwardes est un amnésique, s'appelle en réalité John
Ballantine, et le véritable psychiatre a disparu. Pour éviter à
Constance des ennuis, John décide de se cacher à New York. Mais
Constance le retrouve, bien décidée à l'aider à retrouver la mémoire...
Autant le dire tout de suite, je n'ai jamais été un fan d'Hitchcock. Le
côté "m'as-tu-vu" du personnage et de ses réalisations m'a toujours
quelque peu agacé. De même que l'aspect : "vous voyez comme c'est
terrifiant... Eh bien, c'est du bluff". Cela dit, il est impossible de
ne pas être ensorcelé par les délires de "La
mort aux trousses" ou le mécanisme parfaitement huilé de "Le crime était presque parfait".
Ici, nous avons affaire à un mélange de passion et de suspense (enfin,
le minimum syndical !), et l'intérêt premier de l'œuvre naît des
rapports du couple Bergman-Peck. Outre le charisme des interprètes
(Ingrid Bergman est d'une beauté radieuse et Gregory Peck, plus sombre
qu'à l'habitude, arbore cette prestance à la fois mystérieuse et
aristocratique qui fait son charme inimitable.), cette histoire de coup
de foudre accompagné d'une confiance indestructible dans l'objet du
désir, est tout à fait touchante. C'est la lutte symbolique de
l'information logique de la raison, avec la connaissance intuitive du
cœur. Autour de cette découverte de l'amour par une femme
jusqu'alors froide, pour ne pas dire icebergienne, se greffe une
intrigue basique qui n'est pas inintéressante en elle-même, mais dont
le traitement purement hitchcockien ( descente en ski complètement
truquée avec mouvements chaloupés ridicules sur fond de photo, musique
de fond souvent présente et passablement agaçante ), laisse tout de
même assez frustré. Quant à l'apologie simpliste de la technique
d'analyse freudienne, elle permet surtout d'assister à une composition
onirique originale de Salvador Dali.
Dans l'ensemble, ce film souffle le chaud et le froid. Sympathique,
parfois émouvant, quelquefois énervant, doté d'un doublage type années
40, tantôt bon (le docteur Alexander 'Alex' Brulov (Michael Chekhov),
tantôt maniéré. Dans le genre "drame de l'amnésie", je suis infiniment
plus sensible au poignant "Prisonniers
du passé" de Mervyn le Roy, tourné trois ans plus tôt, même
si, sur le papier, le couple Ronald Colman - Greer Garson n'a peut-être
pas la même aura que celui-ci.