Un
matin ordinaire à la Nouvelle Orléans. Jacob Wood (Dylan McDermott), un
courtier, se rend à son travail. Quelques minutes plus tard, il est
abattu avec une dizaine de ses collègues par un homme récemment
licencié. Deux ans plus tard, sa veuve, Céleste (Joanna Going), attaque
les fabricants d'armes, coupables, selon elle, d'avoir donné au
meurtrier la possibilité de perpétrer son coup de folie. A ses côtés,
l'avocat Wendell Rohr (Dustin Hoffman), bien décidé à faire plier le
consortium pour la première fois. Mais la puissance financière des
sociétés mises en accusation est phénoménale. De plus, elles se sont
adjoint les services de Rankin Fitch (Gene Hackman), prêt à tout pour
obtenir la victoire judiciaire. Le premier pas réside dans le choix
judicieux des jurés, dont la vie privée est décortiquée dans les
moindres détails. Nicholas Easter (John Cusack) est, contre sa volonté,
accepté par les deux parties. Mais, bientôt, Rohr et Fitch se rendent
compte qu'un personnage mystérieux, Marlee (Rachel Weisz) semble
vouloir brouiller les cartes...
Brillante est le qualificatif qui paraît le mieux s'adapter à cette
oeuvre. Clinquante, diront certains... La distribution est rutilante,
partagée entre un Gene Hackman toujours grandiose, qui, depuis plus de
trente ans qu'il tourne, semble avoir toujours le même âge, la même
énergie charismatique, un Dustin Hoffman faussement falot ou faussement
impérial, selon le point d'observation, et un John Cusack jouant
subtilement, dans un personnage en demi-teinte, une sorte de catalyseur
dont la discrétion égale l'efficacité.
Scénario particulièrement séduisant et retors, roublard, diront
certains, qui, s'il n'approfondit que superficiellement les caractères,
s'en donne à coeur joie dans la manipulation, la complexité, les
faux-semblants, tout en conservant avec fermeté le cap initial.
L'exercice est jouissif, évoquant, par moments, un mixage de "Révélations", "Usual suspects" et "12 Hommes en colère".
Les personnages sont nombreux, jouent souvent un double, voire un
triple jeu ; le montage est vif, incisif, agité parfois ; dans la
seconde moitié du film, la machine s'emballe, la suggestion fait son
apparition... Toute cette conjonction de qualités concourt à la
jubilation que l'on peut ressentir en tant que témoin de cet
embrouillamini excitant pour les neurones, mais demande une attention
soutenue pour ne pas se perdre dans les méandres des fausses intentions
ou des vrais mensonges. Une seconde vision n'est pas superflue, pour
qui veut apprécier toutes les subtilités de cette ténébreuse intrigue.
La forme, spectaculaire, hyper-vivante, qui cache savamment un certain
simplisme sous ses dehors somptueux, en ferait presque oublier le fond,
pourtant primordial, à savoir les effets horriblement pervers d'un
amendement, dont l'une des conséquences est qu'il est aussi facile,
pour un enfant de dix ans, de se procurer un 357 magnum que le dernier
jeu vidéo ! Certains, comme Charlton Heston, sont satisfaits de cet
état de choses. Pour d'autres, c'est un retour incontestable à la
barbarie. Quelle que soit l'opinion de chacun, il est indéniable que le
problème est majeur. Quant au spectacle qu'offre cette confrontation
judiciaire, il ne peut que saborder définitivement les quelques
éventuelles illusions que certains auraient pu conserver sur la justice
et sa droiture ! Car il est inutile de se voiler la face en disant
qu'il s'agit d'une fiction ! La réalité ne le cède certainement en rien
à la pourriture qui nous est montrée, résumée cyniquement par une
phrase de Fitch au début du film : "un procès c'est trop important pour
être confié aux seuls jurés"...
Fascinant.