Un cachot ordinaire dans une
prison française ordinaire. Trois condamnés y cohabitent : Marcus
(Clovis Cornillac), "Pâquerette" (Dimitri Rataud) et Lassalle (Philippe
Laudenbach). Un nouveau venu arrive. Il s'agit d'un chef d'entreprise
magouilleur, Carrère (Gérald Laroche), qui espère bien que sa femme
Claire (Félicia Massoni) versera rapidement la caution demandée. Mais
les jours passent et Claire demande le divorce, non sans avoir raflé
tout l'argent placé à son nom. Les quatre prisonniers découvrent
fortuitement un manuscrit ésotérique, composé en 1920 par Danvers
(Geoffrey Carey), qui avait réussi à s'évader grâce à des formules de
magie noire...
Difficile de trouver plus minimaliste sur le plan du décor ! Même "The
Hole",
dont l'histoire se déroule en grande partie dans un "trou", possède une
richesse environnementale extraordinaire à côté de celle qui nous est
offerte ici. Cet ascétisme total, compensé par une esthétique soignée
et une palette de couleurs sépulcrales, n'est cependant pas
un handicap, même si le film aurait gagné à se voir écourté d'une
quinzaine de minutes. Le sujet est suffisamment original pour que ces
unités absolues de lieu, de temps, et même de fond, constituent un
écrin valorisant pour cette aventure qui tient à la fois de l'horreur,
du fantastique et du psychanalytique.
Certes, la finesse n'est pas vraiment au rendez-vous. Dés l'ouverture,
le spectateur est confronté à du saignant et la suite ne fait pas dans
la dentelle. De même, la caractérisation de certains personnages est
effectuée à gros traits percutants. Le personnage abruti de Kevin
interprété par Clovis Cornillac dans "Mensonges et trahisons...", était d'une rare
subtilité comparé au Marcus qu'il campe ici : affublé de deux seins de
matrone, il rêve de se faire opérer pour devenir femme, coupe en
attendant, un à un, les doigts de son copain Pâquerette, pour
que celui-ci s'aère de temps en temps à l'infirmerie, et le fait
occasionnellement téter lorsque sa tristesse est trop grande ! C'est du
mastoc de chez brut, du taillé à coups de serpe ! A côté de ces deux
énergumènes déjantés, Lassalle fait quasiment figure de sage philosophe.
Globalement, l'intrigue se tient, bien qu'un passage à vide central
laisse présager une chute de tension qui, heureusement, ne fait
qu'effleurer l'ennui sans y précipiter le spectateur. En revanche, le
final, en forme de clin d'oeil, laisse plus que perplexe malgré son
intelligence, et casse le huis-clos étouffant de manière
malencontreuse. Il est tout de même indispensable de saluer cette
entreprise, scénaristiquement insolite, sobrement extravagante et dotée
d'effets spéciaux convaincants. Les acteurs sont tous excellents et
contribuent grandement à rendre insoutenable l'atmosphère oppressante
générée par le confinement dans la cellule, les pathologies
individuelles et la descente aux enfers initiée par la découverte du
livre.
Film
sur IMDB