Babe
(Dustin Hoffman), obsédé par le suicide de son père, mis en cause jadis
dans la purge maccarthyste, prépare une thèse sur la tyrannie, tout en
s'entraînant activement pour courir le marathon. Il fait un jour
connaissance, dans la bibliothèque de l'université, d'une charmante
jeune femme, Elsa (Marthe Keller). Pendant ce temps, à Paris, son frère
Doc (Roy Scheider) échappe de peu à l'explosion d'une bombe artisanale
qui lui semblait destinée...
Des responsables nazis se cachant sous de fausses
identités dans les pays du "nouveau monde", des Américains traumatisés
par le souvenir proche des persécutions orchestrées par le Sénateur
McCarthy, des services secrets nageant avec plus ou moins de succès en
eaux nauséabondes... Et au milieu de tout cela, un jeune homme
innocent, traumatisé par un passé tragique et nébuleux, qui se trouve,
bien malgré lui, mêlé à un drame dont les tenants et aboutissants le
dépassent totalement. Dustin Hoffman est particulièrement investi et
crédible dans ce rôle de victime constamment dépassée par les
événements. L'efficacité du film ne réside pas tellement dans une
progression lente et inexorable vers un dénouement inattendu, mais
plutôt dans le fait que, très intelligemment, le scénario donne
constamment l'impression que le spectateur suit une série de faits
divers et non un récit savemment préfabriqué. Le fondement de
l'intrigue est d'ailleurs relativement dérisoire et sans enjeux
majeurs. Nous sommes simplement confrontés, tout comme Babe, à une
cascade soudaine de drames dont nous ne percevons que tardivement
l'interdépendance. C'est très sombre visuellement et narrativement,
ponctuellement traumatisant ( Laurence Olivier est monstrueusement
glacial en bourreau nazi ), et efficace de bout en bout.