Est-il encore utile de résumer l'histoire de la
"trilogie marseillaise" ? Quelques lignes suffiront.
César (Raimu) tient le bar de la Marine à Marseille avec l'aide de son
fils Marius (Pierre Fresnay) qui ne pense qu'à partir en mer, loin du
Vieux Port, ce que son père ignore. Mais la gentille Fanny, qui l'aime
en secret, va tout tenter pour qu'il renonce à sa "folie". Tout, pas
vraiment, puisqu'elle finira par se sacrifier afin qu'il réalise son
rêve...
Cette première partie renferme des scènes mémorables qui sont dans
toutes les mémoires. Chaque personnage apporte à l'ensemble sa part
plus ou moins importante de miracle. Car c'est véritablement d'un
miracle qu'il s'agit. Comment à partir de situations simplistes, de
dialogues presque banals, d'une mise en scène minimaliste, peut-il
surgir un tissu de bonheurs, de souffrances qui défient le temps et les
modes ?
Certaines critiques ont visé divers interprètes. Pierre Fresnay
n'était, je crois, pas vraiment Marseillais ! Orane Demazis possède une
diction et un ton qui surprennent au premier abord. C'est sans doute
incontestable. Mais il s'agit probablement du seul film (avec ses
suites) pour lequel il me semble tout à fait impossible
d'imaginer d'autres artistes. Même si l'on peut ergoter sur
tel ou tel point d'interprétation ou de cabotinage raimusien,
l'adéquation entre personnages et interprètes est telle que concevoir
d'autres visages, d'autres voix reviendrait à intégrer dans sa famille
des parents étrangers à la place de ses géniteurs !
Quel exploit, tout de même, que soixante et onze ans après sa
réalisation, ce film déclenche encore, à la dixième vision, les éclats
de rire et les larmes. Là aussi est le miracle. A partir d'une histoire
simple, universelle bien que fort typée, Pagnol a su faire vibrer les
coeurs de plusieurs générations sans que la mode ridiculise son oeuvre.
Quand on constate que des films tournés dans les années 80 nous
paraissent complètement déphasés et "ringards", on ne peut qu'être
admiratif devant cette réussite magistrale.
Un souhait tout de même : que "Marius" et ses suites bénéficient d'une
restauration correcte et nous soient livrés en DVD avec un son audible
! Les diffusions télé constituaient des épreuves pénibles, en raison de
la qualité plus que médiocre des dialogues.