Julian Noble (Pierce
Brosnan) et Danny Wright (Greg Kinnear) arrivent à Mexico par le même
avion et descendent au même hôtel. Hormis cela, les deux hommes ont peu
de caractéristiques en commun. Le premier vit seul, le second est
toujours très amoureux de sa femme, Carolyn 'Bean' Wright (Hope Davis).
Le premier est un tueur à gages qui exécute ses contrats sans états
d'âme, le second un homme d'affaires stressé qui se trouve face à la
dernière chance qui lui est offerte de sauver son poste. Julian et
Danny font connaissance au bar de l'hôtel, tard dans la nuit. La
première prise de contact est pour le moins heurtée...
La première surprise est évidemment de voir Pierce Brosnan effectuer un
pied de nez aussi radical que réjouissant à son personnage stéréotypé
de James Bond. Aussi éloigné du bon goût et de l'élégance manifestés
par le séduisant espion de sa (peu) gracieuse Majesté, que Mercure peut
l'être de Pluton, il campe ici un être, non seulement condamnable par
ses activités, mais encore repoussant, a priori, par son (mauvais) goût
pour le mensonge, l'insulte et la muflerie. Grâce à cette volte-face
fondamentale, il prouve qu'il est un acteur protéiforme, car son Julian
est aussi crédible dans l'abjection que James l'était dans la
décontraction élégante.
Mais là n'est pas, heureusement, le seul intérêt du film. Outre le fait
que l'intrigue navigue assez subtilement dans le brouillard (on ne sait
pas trop où le spectateur est conduit pendant une bonne moitié de
l'histoire), le scénario mélange avec agilité comédie, drame
psychologique et polar minimaliste. Dans chacun de ces genres,
l'approche est légère, en apparence même superficielle, l'auteur
donnant l'impression d'effleurer les différents pôles tout en
rebondissant à chaque fois qu'un approfondissement possible se
présente. A plusieurs reprises, qui plus est, la composition de Julian
frôle l'excès. Pourtant, non seulement la narration évite à chaque fois
de sombrer complètement dans l'invraisemblance, mais encore c'est une
véritable humanité qui finit par émerger, même et surtout
chez Julian, au terme de cette improbable aventure. L'étrange lien qui
se crée entre les deux hommes se révèle, au final, aussi touchant que
sincère. Le souvenir laissé par le film sera sans doute évanescent,
mais sa vision procure, dans l'instant, un plaisir réel, grâce au ton
singulier de cette intrigue insolite.