JElles s'appellent Cassandra, Deborah (Mila Lipner), Daria (Zemyna
Asmontaite)... Elles ont entre 18 et 20 ans, habitent Vilnius, et
rêvent de quitter leurs appartements pourris pour devenir danseuses à
l'étranger. Elles acceptent l'offre de Raymond van Mechelen (Peter van
den Begin), qui leur fait miroiter une tournée à Chypre et en Europe,
malgré les avertissements d'un journaliste belge, Nico Maes (Lucas van
den Eijnde), qui les met en garde contre le risque de voir le prétendu
spectacle se transformer en prostitution forcée. Cassandra,
consciente de la réalité, tente en vain de convaincre son amie Daria de
rester en Lituanie. Pendant ce temps, l'inspecteur Clem de Donder
(Stany Crets) enquête en Belgique sur l'exécution de deux prostituées
russes...
Dans la mouvance de "Human Trafficking" ou de "Trade",
cette mini série aborde le problème particulièrement douloureux de
l'esclavage sexuel contemporain. Mais si les motivations des deux films
précités semblaient claires et franches, celles de "Matrioshki"
laissent planer quelques doutes. Assurément, l'horreur des situations
dans lesquelles survivent les jeunes filles est patente. De
même est
montrée avec vraisemblance la politique des truands, consistant à semer
la zizanie parmi leurs "recrues", là où il semblerait froidement
logique et indispensable que la cohésion règne face à l'oppresseur,
ainsi qu'une certaine acceptation désespérée d'un état sans porte de
sortie.
Mais en dehors de ces deux domaines, un certain flou baigne le récit.
Si les créateurs ont souhaité peindre un pays et une société en
déliquescence totale, ils ont réussi. Les personnages (à une ou deux
exceptions près), qu'ils soient membres du gang, policiers,
journalistes, ou hauts responsables, sont soit des pourris, soit des
demeurés de première grandeur. Au point que nombre de protagonistes (la
palme revenant au consternant Vincent), relèvent d'une caricature qui
semblerait plutôt à sa place dans la filmographie des frères Coen ("Fargo",
par exemple), que dans une série tragique qui souhaite dénoncer une
abomination réelle. Raymond ne fait d'ailleurs pas exception à la
règle, livrant une prestation, certes spectaculaire, mais répétitive et
particulièrement voyante. Le plus gênant demeure tout de même le manque
de progression dramatique, le scénario se contentant de passer de coups
foireux en coups encore plus foireux, et, pire, d'aligner une suite de
"spectacles" érotiques, non seulement peu utiles au récit, mais qui, à
la longue, semblent relever d'une complaisance assez louche, voire de
voyeurisme, d'autant plus qu'ils ont été choisis comme générique. Au
final, une entreprise dont l'honnêteté n'est pas franchement
évidente...