Jérémie Kolachowsky
(Christopher Lambert) est un petit malfrat qui exécute les basses
oeuvres d'Eugène Agopian (José Quaglio), avec, au besoin, des
éliminations par explosifs. Mais la rémunération est faible. Devant sa
demande de contrats mieux payés, le truand propose au jeune homme
l'assassinat de Robert Maxendre "Max" (Philippe Noiret, un homme vivant
apparemment une tranquille retraite. Jérémie prend contact, mais
commence à s'attacher à sa cible. Quelle n'est pas sa surprise en se
rendant bientôt compte que Max a été un redoutable tueur à gages. Ce
dernier accepte d'ailleurs une dernière mission, effacer pour le compte
de Sam Marberg (Feodor Chaliapin Jr.) le vieux Nick Costa (Charles
Assas)...
Nous sommes ici beaucoup plus proches du policier psychologique, façon
Simenon, que des conceptions récentes où les rares dialogues sont
étouffés par mitraillades ou explosions. Claire Devers prend tout son
temps pour raconter cette histoire , dans laquelle le drame humain
prend rapidement le pas sur l'intrigue. La rencontre, et surtout
l'attachement contre nature, au départ hautement improbable, entre un
tueur solitaire, cultivé, distingué, qui prend un soin maniaque à
repasser ses chemises, et une jeune voyou, vulgaire, chien fou, à la
limite du demeuré, qui se shoote aux séries télé, finit par afficher
une vraisemblance, presque une évidence, étonnantes. Ce duo est
complété, renforcé, par un troisième pion, le policier aux abords de la
retraite, (merveilleusement incarné par un Jean-Pierre Marielle
transpirant la mélancolie et la déprime), qui s'échine à coffrer Max
depuis plusieurs décennies, et dont l'existence vide n'a plus d'autre
support que cet espoir chimérique.
Les quelques séquences "actives" génèrent le mouvement mécanique qui
oriente les différents personnages du trio vers leur épanouissement ou
leur extinction. Max se découvre finalement une usure insoupçonnée,
exacerbée par la présence de cet énergumène logorrhéique, qui compense
sa maladresse et son ignorance par une soif de vivre et de réussir que
le vieil homme a perdue. Quant à Jérémie, paumé, vaguement conscient de
sa médiocrité, il cherche tout à la fois la reconnaissance d'un aîné
et, surtout, la protection d'un père.
Dire que l'œuvre est palpitante, envoûtante, serait sans doute exagéré,
et, en tout cas, hors de propos. Pourtant, grâce à une
progression crédible dans la psychologie des protagonistes et dans
leurs rapports, grâce à un Christopher Lambert parfaitement à sa place,
et à un Philippe Noiret toujours impérial, l'ensemble débouche sur une
croisée de destins aussi intelligente que touchante.