1960.
Une colonie de vacances comme des milliers d'autres, dirigée, si l'on
peut dire, par un homme débonnaire (Claude Pieplu). Son fils, Philippe
(Patrick Bouchitey) fait partie des moniteurs, en compagnie de cinq
jeunes du même âge, dont Hervé (Franck d'Ascanio), Gérard (Marc
Chapiteau), Deloux (Michel Blanc) et le meneur, Marc (Patrick Dewaere).
Tandis que le groupe d'enfants dirigé par Philippe répète une pièce de
théâtre, celui que commande Marc joue au football sous la pluie
battante. Un soir, Marc entre sans frapper dans la chambre de Philippe
et découvre celui-ci déguisé en femme. Dès lors, c'est un étrange
rapport qui s'établit entre les deux hommes...
Quelle réussite pour un premier long métrage ! Claude Miller y insuffle
déjà ses qualités d'analyste psychologique hors pair, qui trouveront
leur complet développement dans le génial "Garde
à vue", cinq ans plus tard. A travers des situations banales,
quotidiennes, comme en sont émaillés les séjours des colonies, il
dissèque avec authenticité et intensité le rapport ambigu, sournois,
qui s'établit entre les deux adversaires. Marc, incarné de manière
grandiose par un Patrick Dewaere survolté, est l'archétype du beauf
gueulard, du connard premier choix, odieux, sadique, qui
cache sous une chape de méchanceté vicieuse les blessures internes qui,
forcément, sommeillent au fond de lui. Mais son comportement a atteint
un tel point de naturel, qu'il parvient à les empêcher d'affleurer. On
ne peut d'ailleurs éviter de penser, avec tristesse, à ce jour du 16
juillet 1982, où, dans la "vraie vie", cette fois, la coupe débordera
pour l'acteur, au point de résoudre les problèmes d'une balle de fusil
! Une étrange fatalité colle à ce film, puisque la douce
Christine Pascal se suicidera également le 30 août 1996 !
Philippe, (rôle dans lequel Patrick Bouchitey se montre également
étonnant), est son antithèse. Sensible, torturé, fragile, il est un
écorché vif, incapable, comme le serait un enfant de six ans, de
protéger sa vérité. Avec sécheresse, le réalisateur analyse au scalpel
les évolutions de ce rapport dominant-dominé, jusqu'à ce final costumé,
aussi intelligent que jouissif, qui voit, pour la première fois, le
jaillissement de l'adulte chez l'humilié.
Le contexte est bien sûr extrêmement daté. On imaginerait difficilement
aujourd'hui le malheureux Michel Blanc, déjà enfoncé (pour son 4ème
film), dans les rôles de refoulé, se faire jeter avec pertes et fracas
hors de la colonie, parce qu'il cache trois photos pornos sous son
oreiller ! Mais qu'importe ? L'oeuvre conserve, malgré les ans et les
libéralisations des moeurs, une puissance intacte, une cruauté
indélébile. Le "second" final, situé quelques années plus tard, apporte
une note rose (pâle ?) à ce drame. Cette ouverture vers l'espoir ne
sera pas renouvelée dans le sombrissime "Garde
à vue"...