Leonard (Guy Pearce) est un
homme jeune, en bonne santé physique, obsédé par un but unique :
découvrir l'assassin de sa femme, probablement un certain John G. Dans
cette quête, un handicap majeur : Leonard oublie tout ce qu'il vit dans
les minutes qui suivent les événements. Il est contraint de noter sur
des photos, sur de petits bouts de papier, et, plus sûrement, sur son
corps, les informations qui lui sont données dans l'instant où elles
sont encore présentes dans son cerveau ! Deux personnages, Teddy
Gammell (Joe Pantoliano) et Natalie (Carrie-Anne Moss) semblent avoir
connaissance d'éléments utiles. Mais qui sont-ils réellement et
sont-ils fiables ? That is the question...
Une jeune femme tuée. Un mari, fou de douleur, qui cherche, par tous
les moyens, à retrouver le coupable. Rien de bien nouveau sous le
soleil ("Le Fugitif"...). Une enquête rendue plus
qu'aléatoire par l'amnésie particulière du sujet ? C'est également
du déjà vu. Sauf que, dans le cas présent, toute cette pousuite nous
est présentée d'une part en flash back, ce qui, là non plus, n'est
pas foncièrement original, mais surtout, d'autre part, en sauts de puce
remontant le cours du temps. Autant dire que Christopher Nolan et
surtout son monteur, ont placé la barre très haut. Ce choix d'une
distribution des événements ne suivant pas la courbe chronologique
normale semble de plus en plus attirer les réalisateurs. Pour ne
mentionner que quelques exemples, rappelons-nous "Before
the rain", "11h14", et
surtout, les réussites majeures de Alejandro González Iñárritu :
"Amours chiennes" et "21 grammes".
Il faut dire que, outre l'originalité du procédé, ce morcellement des
séquences permet, lorsqu'elles sont véritablement habitées, de
bousculer le mental et d'amplifier les chocs émotionnels. Le résultat
est, dans cette oeuvre-ci, tout à fait bluffant. D'autant plus que la
clé de l'énigme, telle un éblouissement poignant, ouvre la porte sur
un monde infini de manipulation qui procure le vertige. Cela dit, le
procédé, pour intelligent et provocateur qu'il soit, a tout de même
ses limites. La difficulté majeure réside dans le fait de frôler en
permanence l'artifice sans tomber dedans à pieds joints. L'exercice est
plus que périlleux, et les appréciations extrêmes qui ont salué la
sortie de "21 grammes" par
exemple, prouvent que la réception de ces gymnastiques narratives chez
les spectateurs est souvent marquée par des passions volcaniques. Ici,
la sobriété sèche de la narration, le montage vif des séquences,
l'art souverain des enjambements, sont à porter au crédit du film. La
chute finale surprend par son aspect abrupt. Le choix de Guy Pearce
est-il bon ? Les avis peuvent être partagés. Il affiche un
dépouillement, une rudesse qui sont en accord avec le ton général,
mais certains pourront voir, dans cette frugalité des expressions, une
pâleur dommageable.
A n'en pas douter, Christopher Nolan apporte au genre un renouveau aussi
vivifiant qu'excitant. De là à classer ce film 24ème dans le
hit-parade général de IMDB,
c'est sans doute pousser le bouchon un peu loin...
P.S.
Le montage "chronologique" apporte un éclairage particulier
sur l'aspect manipulation, mais souffre, bien évidemment, de la
révélation clé dès les premières minutes de film !
Film sur IMDB