Raphaël Jullian (Edouard
Baer) vit depuis quelques mois avec Muriel (Marie-Josée Croze). Il
exerce la profession de "nègre". Il écrit les biographies de
vedettes qui sont incapables de le faire par elles-mêmes. Son éditeur
(Jean-Christophe Bouvet) est ravi de ses compétences dans ce domaine.
Il est chargé un jour de rencontrer Kevin (Clovis Cornillac), capitaine
de l'équipe de France de football, afin de retracer sa vie et sa
carrière. Mais le premier contact est plutôt rébarbatif et, comble de
malaise, Kevin est en pleine lune de miel avec Claire (Alice Taglioni),
dont Raphaël était naguère fort épris. Mais sa tentative de
conquête avait lamentablement échoué...
Ce ne sont pas les comédies psychologiques françaises d'honnête
qualité qui manquent. "Ah,
si j'étais riche",
"15 août", "Le
coeur des hommes", "La
confiance règne", sans
vouloir même remonter jusqu'aux grands classiques, genre "Un
éléphant, ça trompe énormément"
ou "Nous
irons tous au paradis"...
Mais bien rares sont celles qui parviennent à transcender le triplé :
bonne histoire, bons acteurs, bons mots, pour chahuter notre
réceptivité endormie et, sinon casser, du moins agiter violemment le
moule formaté d'où sortent la plupart des réalisations. Que l'on soit
enthousiasmé ou irrité par le style, l'actrice et le fond du "Fabuleux
destin d'Amélie Poulain",
il est impossible de nier que Jean-Pierre Jeunet avait accouché d'une
oeuvre profondément originale, qui, à l'instar d'un aliment non encore
testé, faisant découvrir à nos papilles un goût nouveau, excitait
puissamment nos rétines et neurones.
Sans accéder à ce niveau de vernis novateur, le film de Laurent Tirard
est une sacrément bonne surprise. Vivant, rythmé, ludique, inventif,
gorgé de sève dynamique et pittoresque, ne se prenant jamais au
sérieux, il mélange avec une intelligence permanente et un
naturel confondant, les situations, les époques, les tonalités, tout
en ne donnant jamais l'impression de s'éparpiller dans l'inutile ou le
remplissage factice. Le générique de début, original, à base de
formes stylisées, de jeux d'ombres et de lumière, reflète avec
exactitude la conception architecturale de ce qui va suivre : des
personnages simples, mais croqués de façon légère et synthétique,
des situations convenues, mais sublimées par des ruptures de ton
opportunes, des basculements temporels sur un mot ou une idée (comment
est apparu l'amour...), un jeu de marionnettes jubilatoire, savamment
orchestré, où chacun trouve la place et l'accord justes. L'unité dans
la diversité. Ou encore : comment explorer le banal, le quotidien, le
superficiel, le médiocre, en l'habillant aux couleurs de la vie, du
mouvement, de l'allégresse, de l'exultation. L'éclatement apparent du
récit, les sauts incessants du coq à l'âne, contribuent au plaisir
général sans jamais casser la progression, tant leur présence
s'opère avec une spontanéité et un naturel évidents. Marie-Josée
Croze, mutine, limpide et profondément attachante dans sa franchise
explosive, est délicieuse. Edouard Baer, tour à tour absent,
distancié, maladroit, est pleinement en situation. Quant à l'odieux
Clovis Cornillac, il est divinement détestable.