Paul Kerjean (Patrick Dewaere), jeune reporter à
"La Tribune", est un jour contacté, dans le plus grand secret, par un
homme mystérieux (Jean-Pierre Kalfon). Celui-ci désire livrer des
informations concernant Jacques Benoît-Lambert (Robert Party), un homme
très en vue dans les affaires et la politique. Réputé pour son
intégrité sans faille, ce dernier aurait accepté, de la multinationale
GTI, dirigée par Cornelius A. Woeagen (Mel Ferrer), près de deux
milliards de dollars pour sauver de la faillite une filiale dirigée par
son gendre. Kerjean rencontre l'épouse délaissée (Jeanne Moreau) de
Benoît-Lambert et apprend qu'un détective privé, Walter (Charles
Denner), missionné par elle pour obtenir des photos utiles à un divorce
éventuel, a suivi l'homme d'affaires pendant plusieurs semaines...
David contre Goliath, la lutte du pot de terre contre le pot de fer
façon "Erin Brockovich"...
Le capital sympathie joue à plein, d'autant plus que cette histoire
nous permet de revoir le si regretté Patrick Dewaere (même s'il s'est
montré plus à l'aise dans certains autres films, "La meilleure façon de marcher",
par exemple. Il y a vingt quatre ans, le sujet de la mondialisation
était déjà une préoccupation majeure, et il est impossible de ne pas
être ébranlé, voire épouvanté par le pouvoir tentaculaire de cette
entreprise-pieuvre, dont aucune puissance politique ne semble en mesure
de freiner la boulimie. Henri Verneuil nous a laissé de nombreuses
oeuvres passionnantes, au premier rang desquelles brillent "Cent mille
dollars au soleil", "Le clan
des Siciliens", "Peur sur la ville" ou "Le corps de mon ennemi".
Malgré le casting de premier choix rassemblé ici, le film a, me
semble-t-il, passablement vieilli, privilégiant la volonté légitime de
dénonciation (les emprises de GTI sont analysées avec clarté sous forme
de flash back), à l'atmosphère générale et au rythme, qui souffrent
parfois d'un excès de verbiage, de didactisme, et d'une simplification
artificielle. Cette impression ne gâche cependant pas l'intérêt général
de la dénonciation et la réflexion que génère cette descente dans les
bas-fonds diaboliques du monde financier. Si l'on considère que les
manoeuvres exposées ici ont été, en vingt quatre ans, élevées à la
puissance mille, il y a de quoi s'angoisser légitimement sur l'avenir
qui nous est réservé par les véritables puissants de la planète, à
savoir les Bill Gates du futur, qui auront entre leurs mains, la
maîtrise et l'utilisation des nanotechnologies
ou autres innovations...
Légèrement daté, mais indispensable. Un regret tout de même : que la
musique de Philippe Sarde se montre aussi agressive et envahissante...