Mikael
Blomkvist (Michael Nyqvist), rédacteur à la revue Millenium, dirigée
par son amie Erika Berger (Lena Endre), est condamné à trois mois de
prison pour avoir diffamé le richissime Hans-Erik Wennerström. Les
preuves de diverses malversations, fournies au journaliste, avaient
brutalement disparu. En attendant le jugement en appel, Mikael répond à
la demande pressante d'un riche industriel, aujourd'hui très âgé,
Henrik Vanger (Sven-Bertil Taube). Enfant, Mikael avait connu pendant
les vacances divers membres de la famille Vanger, en particulier la
jeune Harriet (Ewa Fröling). Celle-ci a disparu depuis plusieurs
décennies, et la police n'a jamais pu découvrir son sort. Mikael
s'installe dans le domaine où réside le patriarche, sur une île isolée,
reliée seulement au continent par un pont...
Cette série, à ne pas
confondre avec son homonyme "Millennium"
(de 1996), est l'adaptation des 3 célèbres romans de l'écrivain suédois
Stieg Larsson ( "Les hommes qui n'aimaient pas les femmes", "La fille
qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette", "La reine dans le
palais des courants d'air" ). La première histoire, assez complexe sur
le plan narratif, tant les personnages évoqués ( une famille Vanger à
multiples ramifications ) sont nombreux, s'installe dans une atmosphère
faussement tranquille, sur fond de décor glacial et isolé. Le rythme
pépère de l'enquête semble lorgner vers un cousinage modernisé de
l'inspecteur Derrick, ce qui n'est pas réellement un signe
encourageant. D'autant plus que le personnage central, Mikael
Blomkvist, apparaît plutôt effacé, pour ne pas dire terne.
Mais... Car s'invite très rapidement un énorme "Mais"... Il y a
l'apparition de Lisbeth Salander, dans l'incarnation véritablement
embrasée de Noomi Rapace, individualité frénétique perpétuellement sur
le fil d'un rasoir, fulminante bombe à retardement, qui
transperce véritablement l'écran et scotche le spectateur
au travers de scènes sauvages et terrifiantes. Les
geysers de violence sont d'autant plus spectaculaires, dans les deux
premiers épisodes surtout, qu'ils jaillissent au sein d'un
parcours narratif très paisible. Par la suite, au fur et à mesure que
les enquêtes évoluent, et que le passé douloureux de Lisbeth refait
surface, l'atmosphère générale s'obscurcit progressivement, tandis que
férocité et fureur s'installent inconfortablement dans le drame. Cette
Suède, que l'on imagine sereine dans son manteau blanc immaculé, prend
peu à peu l'apparence d'un territoire menaçant, où se dissimulent
trafiquants d'adolescentes, violeurs, avocats corrompus, financiers
fripouilles, tueurs en série, ou nazis nostalgiques. Dommage, tout de
même, que l'épisode 5 affiche une nette baisse d'intensité dramatique,
tout en introduisant une foultitude de personnages secondaires dans une
intrigue déjà tortueuse.
Un survol de
l'horreur aussi répugnant que fascinant...
Bernard
Sellier