2054. Dans une grande cité américaine, la société
"Précrime" est spécialisée dans la prévision et la prévention des
crimes. Trois précognitifs, deux jumeaux et une certaine Agatha (
Samantha Morton) sont plongés dans une sorte de catalepsie et reçoivent
la date précise et les images mentales de futurs meurtres.
L'enregistrement de ces visions est faite et les forces de police
peuvent intervenir à temps pour sauver les "victimes" potentielles et
incarcérer les "coupables". John Anderton (Tom Cruise), dont le fils a
été kidnappé et tué six ans auparavant, est l'un des principaux
responsables de ce service, dirigé par Lamarr Burgess (Max von Sydow).
Il est séparé de sa femme Lara (Kathryn Morris) qui n'a pu supporter le
deuil. Un jour, John voit dans une des précognitions d'Agatha
qu'il est le futur meurtrier d'un certain Leo Crow (Mike Binder) dont
il n'a jamais entendu parler. Il doit fuir les forces de polices et
cherche à comprendre ce mystère. Pendant ce temps, Danny Witwer, un
agent spécial du Ministère de la Justice, effectue une
enquête interne sur "Précrime", qui ambitionne de devenir
nationale.
Steven Spielberg est, à n'en pas douter, un maître dans l'art
d'envoûter le spectateur. Un an après le déconcertant "A.I.", cette oeuvre hautement
originale, tant par le fond que par la forme, soulève avec subtilité et
tout au long d'une intrigue qui devient de plus en plus passionnante au
fur et à mesure qu'elle développe des méandres imprévisibles, nombre de
questions aussi bien éthique que scientifiques ou métaphysiques.
A vrai dire, la première moitié du film est assez déconcertante et
j'avoue avoir éprouvé une certaine difficulté à entrer dans cet univers
cauchemardesque où tout semble robotisé, normalisé, gris et glacial. De
plus, le réalisateur assène, autour d'une intrigue qui se laisse
difficilement appréhender, une avalanche d'images hachées, de visions
floues, d'hologrammes, de perceptions extra-sensorielles qui noient le
spectateur sous un flot agressif et hypnotisant. Les personnages sont à
l'image de ce monde futuriste : froids, comme vidés d'émotion et d'âme.
Puis, petit à petit, après une course poursuite démentielle dans
laquelle explose tout le génie visuel et rythmique de Spielberg,
l'humanité des êtres réapparaît. Sans perdre vraiment l'aspect novateur
et stupéfiant de la première partie, on gagne en compréhension et, dès
lors, le spectateur peut, sinon participer, du moins vibrer avec la
folle quête de John. Et par la magie d'un retournement de situation
spectaculaire, qui met en lumière l'éventuelle possibilité de changer
un futur connu et celle d'un hypothétique libre-arbitre de l'humain,
alors que l'on pouvait légitimement attendre le mot "fin", le
réalisateur nous fait replonger d'un coup dans les méandres d'une
machination apocalyptique et totalement inattendue.
C'est, sans conteste, du grand art. Et, si l'implication dans cette
passionnante aventure demande attention et constance, on en
sort grandement récompensé et profondément marqué par ce drame
futuriste merveilleusement inséré dans ces décors gris acier qui
glacent le sang tout autant que les péripéties elles-mêmes !