Le début des années 50 en
Géorgie. Daisy Werthan (Jessica Tandy) est une septuagénaire riche (son
fils Boolie (Dan Aykroyd) dirige une importante usine de textile),
indépendante et juive. Mais, lorsqu'un jour, elle envoie sa voiture à
la casse à cause d'une erreur de manoeuvre, il lui faut se rendre à
l'évidence : son fils a raison de lui interdire la conduite. Mais la
pilule, déjà grosse à avaler, se révèle inabsorbable lorsqu'il insiste
pour lui imposer la présence d'un chauffeur, Hoke Colburn (Morgan
Freeman), pauvre, illettré et... noir...
Cette oeuvre n'est pas, à l'évidence, du genre qui provoque un
enthousiasme bruyant ou une jubilation débordante. A l'image de ses
deux protagonistes principaux, aussi magiques l'un que l'autre dans
leur répertoire, la lenteur est omniprésente, la trame se fait ténue,
quasiment invisible. Il n'y a pas à proprement parler d'histoire, mais
plutôt une suite de petits moments choisis, de scènes intimistes,
tricotées avec une telle finesse et une telle authenticité que jamais
une once d'artificialité dans l'évolution des caractères et
des rapports humains ne pointe le bout de son nez. Pas de
démonstrations, de grands discours édifiants sur le racisme larvé ou le
gouffre séparant les nantis, les cultivés, des miséreux analphabètes.
La prééminence du coeur sur un mental façonné par les préjugés et les
blocages psychologiques, s'insinue de manière douce, imperceptible,
grâce au pouvoir magique du temps qui passe. D'abord revêche,
autoritaire, bornée, mais suffisamment pince sans rire pour ne jamais
se ranger dans le clan des antipathiques, Daisy glisse insensiblement
vers le refuge sécuritaire qui lui permet d'approcher la paix
intérieure : l'amitié confiante.
Une illustration simple, douce-amère, pénétrante et délicate du
processus "d'apprivoisement" cher au "Petit Prince" de Saint-Exupéry...