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Le
milieu du dix-huitième
siècle. A la frontière du Paraguay, de l'Argentine et du Brésil, les
Jésuites tentent d'installer des missions avec plus ou moins
d'acceptation de la part des Indiens qui vivent dans ces régions
sauvages. Le Père Julian venant d'être crucifié et mis à mort, le Père
Gabriel (Jeremy Irons), qui l'avait envoyé, décide d'aller lui-même au
devant des Guaranis. Il finit par s'intégrer et bâtit la mission de San
Carlos. Un jour, il apprend qu'à Asuncion, le capitaine Rodrigo Mendoza
(Robert De Niro), ancien trafiquant d'escalves, fait la grève de la
faim après avoir tué en duel, par jalousie, son frère Felipe (Aidan
Quinn). Il parvient à le persuader d'expier sa faute en devenant
Jésuite et en servant ses anciennes victimes. Mais bientôt, la paix est
menacée. Les rivalités entre Portugais et Espagnols pour l'attribution
des terres provoque la venue d'un émissaire du Saint-Siège (Ray
McAnally). Celui-ci visite les différentes missions mais ne peut que
donner l'ordre au Père Gabriel de fermer la mission. Les Guaranis
refusent et se préparent à la guerre...
Avant d'être une Palme d'Or, éventuellement discutable, en tous cas
discutée, "Mission" est avant tout un hymne simple et vibrant à l'amour
rédempteur et au respect de l'autre.
Naïf, à l'image de ces Indiens qui ont offert leur confiance aux
évangélisateurs, et ne comprennent pas pourquoi Dieu leur a demandé de
construire cette église pour, quelques années plus tard, par la bouche
du Cardinal, leur exprimer son désir de la voir détruire.
Emphatique, peut-être, à l'image du guerrier Mendoza, cruel,
tyrannique, soudain touché par la Grâce, et traînant derrière lui,
comme symbole du fardeau opprimant son âme, un amas pesant d'armes et
d'armures. Capable du pire, il s'enfonce dans ce qu'il considère comme
le bien avec autant de fougue que d'opiniâtreté.
Nébuleux, parfois, lorsque les différents intérêts, royaux, temporels
ou religieux s'entremêlent, s'affrontent, se tempèrent, se corrompent,
sans tenir le moindre compte des malheureux indigènes, considérés par
la plupart des représentants d'Europe comme des animaux. Qu'importe la
vie de quelques centaines d'êtres sans éducation, sans richesses, face
à la menace qui pèse sur l'Eglise de ne plus maintenir son influence
auprès des cours royales ? D'ailleurs, la justice est du côté de
l'éradication, puisque, comme le souligne l'odieux Don Cabeza (Chuck
Low), les missions sont l'oeuvre du Diable ! Une simple preuve : elles
prônent la liberté individuelle et le mépris de la propriété ! Cette
justification ne fait que renforcer cette autre aberrante constatation
qui afflige les dignitaires religieux : le paradis créé par le Père
Gabriel détourne ses habitants du Paradis céleste futur, le seul
véritable, bien évidemment !
Poétique, souvent. C'est la musique qui apprivoise ces Indiens
farouches, cette sublime mélodie qui s'élève du hautbois de
Gabriel, tel un chant d'amour fragile et désespéré. Souvent inspiré,
Ennio Morricone atteint ici une harmonie quasiment divine, qui s'allie
avec un bonheur sans égale aux décors majestueux, et compose un pont
éthéré entre le monde spirituel qui sommeille dans le personnage quasi
mystique de Gabriel, et l'environnement matériel grandiose formant
l'écrin de cette lutte dérisoire.
Profondément humaniste, toujours. Faisant se télescoper, sans grandes
démonstrations, la notion civilisatrice que prône une religion
uniquement préoccupée par le maintien de ses prérogatives, et le
véritable éveil à l'évolution naturelle de l'individu. De Niro, sorte
de monolithe impérial, se montre aussi sobre ici qu'il peut s'adonner
au cabotinage dans certains rôles. Quant à Jeremy Irons, de son regard
de braise jaillit le flot de compassion, de fermeté et de noble
grandeur qui imprègnent tout son être. Précurseur de la
non-violence chère à Gandhi, une phrase prononcée à la veille de la
bataille, alors que Mendoza lui demande sa bénédiction, résume
parfaitement son mysticisme pur : "Si la force est le droit, l'amour
n'a nulle place en ce monde". A méditer...
Inoubliable.