1964, Jessup, dans l'état du
Mississipi. Trois jeunes militants pour les droits civiques, dont un
noir, disparaissent. Deux agents du FBI, Anderson (Gene Hackman) et
Ward (Willem Dafoe), arrivent pour mener l'enquête. Ils se heurtent à
l'hostilité latente de la population locale, à l'hostilité affichée des
policiers locaux, en particulier le Sheriff Ray Stuckey (Gailard
Sartain) et son adjoint Clinton Pell (Brad Dourif), ainsi qu'à
l'hostilité agressive des membres du KKK, plus ou moins dirigés par le
puissant chef d'entreprise Clayton Townley (Stephen Tobolowsky). Autant
dire que leur mission ne sera pas facile, d'autant plus que les rares
Noirs qui acceptent de leur adresser la parole sont sauvagement punis
par le Klan...
Triste rétrospective d'un drame bien réel survenu il y a quarante ans,
dans ce pays qui se voudrait la référence mondiale en matière de
liberté et de lumière spirituelle ! Un minuscule drame qui aurait sans
doute rejoint dans l'oubliette des monstruosités concoctées par
l'homme, les milliers de ses petits et grands frères, s'il n'y avait eu
deux blancs parmi les trois morts. Alan Parker abandonne ici les
rutilances baroques et oniriques de l'excellent "Angel Heart", sorti l'année
précédente, pour se concentrer, avec une sobriété efficace, sur cette
enquête particulièrement difficile, dont l'objectif de justice et
d'humanité se voit noyé dans un déchaînement d'obscurantisme et de
violence digne d'un Moyen-Age ténébreux.
Le réalisateur utilise, pour vivifier et aérer sa narration, un moyen
classique, qui a fait ses preuves dans de nombreux films de tous genres
("L'arme fatale", "Seven", "Une journée en enfer", etc...) : la
juxtaposition de deux hommes, dont les tempéraments s'opposent tout
autant que les méthodes, contraints de cohabiter et de mener ensemble
un combat qu'ils n'appréhendent pas du tout de la même manière. Ici,
c'est la confrontation du jeune idéaliste, Ward, bourré jusqu'à la
gueule de principes moraux excellents, mais aux initiatives inadaptées
à ce terrain rétrograde et hermétique qu'il ne connaît pas, avec
l'ancien habitant de la contrée, Anderson, (Gene Hackman toujours aussi
charismatique), désabusé, amer, violent, adepte de méthodes peu
orthodoxes, mais imprégné de cette culture archaïque dont il s'est
heureusement éloigné. Cependant, au-delà de son utilité
primaire (antagonismes verbaux et matériels, affrontements...), cette
dualité sert la démonstration navrante que, quelle que soit la
technique utilisée, la justice n'a guère sa place lorsque le terreau
est infertile à sa pousse.
Construit à la fois comme une enquête policière, comme un documentaire
(intervention des médias qui se font copieusement agonir par les
habitants), l'oeuvre est aussi une tragédie intimiste qui, à travers le
personnage symptomatique de Mrs Pell (Frances Mc Dormand), peint, avec
simplicité et humanité, la lâcheté ordinaire, faite d'aveuglement
programmé dès l'enfance et de peur du bouleversement salutaire.
Passionnant et indispensable.