Les temps sont très
difficiles pour nombre d'Américains en ces années 1920-1930. Bill
(Richard Gere) travaille dans une aciérie. Un jour il plaque son patron
et part vers le Texas, avec Linda (Linda Manz), sa petite soeur et sa
compagne Abby (Brooke Adams), qu'il fait également passer pour sa
soeur. Ils voyagent, comme des centaines d'autres personnes, sur le
toit d'un wagon, et arrivent enfin dans la contrée où des moissonneurs
sont engagés chaque année pour quelques semaines. Le fermier (Sam
Shepard), est un homme jeune, riche, et malade. Bill surprend un jour
une conversation avec le médecin, dont le diagnostic est formel : il
n'a plus qu'un an à vivre. Lorsque le travail est achevé, et que les
saisonniers repartent, Bill propose à Abby d'accepter l'amour que le
propriétaire lui propose...
N'ayant jamais eu l'occasion de visionner cette oeuvre mythique qui a
lancé la carrière étrange (seulement cinq réalisations en 36 ans, dont
le magnifique "La Ligne rouge"
!) de Terrence Malick, et, conjointement, celle de Richard Gere,
j'attendais beaucoup, sans doute trop, de ce film. L'impression
générale est mitigée. Dépouillement et simplicité sont au rendez-vous.
La trame dramatique est réduite à sa plus simple expression, ce qui
n'est pas, en soi, rédhibitoire. Ce trio d'êtres souffrants, les uns
par la pauvreté qui leur colle à leur peau, le troisième par le vide de
son existence affective, est saisi dans une prériode charnière de leur
vie, avec une austérité et une innocence encore renforcée par le fait
que c'est Linda, une pré-adolescente, qui décrit, en voix off, les
grandes étapes du drame. Nous ne saurons jamais rien de ce qui a
précédé la rencontre fatale. Mais cette frugalité possède son revers, à
savoir que, malgré l'intensité intériorisée des deux hommes et le
visage aussi étrange que mélancolique de Brooke Adams, une
distanciation constante s'installe vis à vis des protagonistes,
empêchant le spectateur de s'impliquer profondément dans l'histoire.
L'économie des paroles, des échanges sympathiques, finit par installer
une froideur qui, heureusement, est contrebalancée par l'immersion dans
la nature, à laquelle Terrence Malik s'est toujours montré
hyper-sensible. Les règnes animaux et végétaux tiennent, ici, une place
importante, quasiment à égalité avec celle des humains. La magnifique
séquence de l'incendie a sans doute d'ailleurs inspiré Alfonso Arau,
pour celle qu'il a intégrée dans "Les vendanges de feu".
Une ode champêtre inspirante, de beaux moments de poésie simple, mais
un ascétisme tant psychologique que narratif dommageable.