Dix-neuvième James Bond "officiel"...
James
Bond (Pierce Brosnan) récupère à Bilbao trois millions de livres
correspondant, paraît-il, au pris d'un rapport volé aux Russes
qu'aurait acheté Sir Robert King (David Calder), un richissime
entrepreneur britannique constructeur d'un pipe-line dans
l'Azerbaïdjan. Ce rapport contiendrait la liste des terroristes
susceptibles de saboter l'ouvrage. Mais tout cela n'est qu'un leurre.
L'argent est en réalité piégé, et King explose avec ses millions. C'est
sa fille, Elektra King (Sophie Marceau), qui prend la suite de la
mission. Bond s'aperçoit rapidement que la somme était en réalité
destinée à libérer la jeune fille, kidnappée par un redoutable
terroriste indépendant, "Renard" (Robert Carlyle). Mais elle avait
réussi à lui échapper avant la remise de rançon...
Dix-neuvième James Bond "officiel". Et que ça devient
laborieux ! On a l'impression de voir ces pauvres scénaristes se
pressurer le citron pour parvenir à coucher sur le papier une
intrigue susceptible de rentrer dans le carcan du cahier des charges.
Celle qui en sort (une fumeuse histoire de pipe-line et de distribution
de pétrole) est d'un inintérêt quasi absolu. Celle de l'opus précédent,
"Demain ne meurt jamais",
avait, au moins, le mérite d'être originale et inventive. Est-ce la
lassitude après une journée de travail intense, ou l'overdose bien
compréhensible au bout de la vingtième péripétie, toujours est-il que
cette répétitivité chronique des mêmes éléments : poursuites, sur la
neige( c'est toujours spectaculaire), sur eau (ici, la Tamise), dans
les airs, sur la route ; explosions en tous genres ; scénario prétexte
; robotisation d'un Bond qui pourrait, sans nulle perte de crédibilité,
être remplacé par un robot féminophile et Moneypennyphobe... devient
usante ! Et cela d'autant plus que le méchant (un Robert Carlyle bien
loin de son rôle dans "Full Monty" !), dont le rôle est insuffisamment
dense, se fait voler la vedette par une Sophie Marceau aussi charmante
que rouée. Mais, malgré le charme vénéneux qu'elle dégage, tout cela
sent tellement la naphtaline et la monotonie programmée que même les
cascades prennent le chemin de la routine. Plutôt que de pressurer
jusqu'à l'épuisement un filon amidonné, pourquoi ne pas inventer une
histoire qui nous sortirait de cette momification mortifère : par
exemple, un scénario qui verrait deux ou trois James Bond clonés,
indétectables de l'original, dont les rivalités et les intérêts divers
ou opposés apporteraient un peu de piment neuf aux intrigues jusqu'ici
désespérément superposables. Avis aux créateurs...