Monsieur Hire
(Michel Blanc) est un misanthrope. Il vit seul dans son appartement,
est l'objet de la vindicte du voisinage, et passe des heures à observer
sa jolie voisine, Alice (Sandrine Bonnaire). Un jour, une jeune femme,
Pierrette, est assassinée. Un homme vêtu de noir a été vu entrant dans
l'immeuble qu'habite Monsieur Hire. Il n'en faut pas plus pour que
l'inspecteur de police (André Wilms) soupçonne le solitaire bougon.
Ce film est fondé
sur la même oeuvre que le "Panique" tourné en
1946 par Julien Duvivier. Michel Simon, Viviane Romance et Paul Bernard
y composaient un trio mémorable.
Michel Blanc, une lueur
inquiétante au fond de ses prunelles fixes, est un choix
incontestable pour ce personnage qui autoalimente son exclusion sociale
et dissimule un visage blafard dans la pénombre de l'appartement qu'il
n'allume jamais. Calfeutré dans sa réclusion intérieure, mais, et c'est
sans conteste la volonté du réalisateur, linéaire et monocorde. En
revanche, bien que son talent la rende tout à fait crédible, Sandrine
Bonnaire et son regard tendrement humain, ne me semblent pas convenir
pleinement à cette Alice manipulatrice et rouée. Patrice Leconte
a gommé ces travers, sans doute pour mettre l'accent sur le désarroi
intérieur de la jeune femme et son écartèlement entre l'amour et la
répulsion pour son fiancé, mais le résultat n'est pas très probant. Son
personnage est finalement excessivement neutre et sa trahison
finale semble plaquée et presque maladroitement amenée. Quant au
criminel, il est carrément transparent et quasiment escamoté. Ce qui
est dommage pour l'équilibre psychologique entre les protagonistes de
l'intrigue.
L'atmosphère générale est
souvent crépusculaire, brumeuse, en harmonie avec la pénombre dans
laquelle s'est enfermé Monsieur Hire. De même pour la musique de
Michael Nyman, obsédante et répétitive à l'image des actes monotones
qui scandent la vie de cet homme en quête d'un amour impossible.
Une semi réussite qui est
loin de faire oublier la version noir et blanc dont, autant que je me
souvienne, la tension constante et la violence sombre laissaient
le spectateur pantelant.