Michel Durand (Jean Jugues
Anglade) est psychanalyste. Il a pour patiente Olga (Hélène de
Fougerolles), étrange épouse masochiste et kleptomane d'un richissime
promoteur, Max Kubler (Yves Rénier). Un jour, Michel s'endort au cours
de la séance avec la jeune femme. Lorsqu'il émerge, Olga a été
étranglée. Il dissimule cette mort et les ennuis commencent, d'autant
plus qu'elle a apparemment volé sept millions de francs à son mari...
Que se
passe-t-il chez Jean-Jacques Beineix ? Certes, il aime métamorphoser
les aventures et les personnages banaux en divagations originales et
baroques. Après un passionnant "Diva" qui illustrait assez heureusement
cette tendance, un sulfureux "37°2 le matin" dominé par une Béatrice
Dalle volcanique et disjonctée, un "I.P.5" marginal et décalé, et
huit années de quasi absence, il revient sur le devant de la scène avec
cette oeuvre pour le moins déconcertante.
Un scénario
mollasson et hautement abstrait ; un Jean-Hugues Anglade (que j'ai
beaucoup aimé dans "37°2 le
matin" et dans "Nikita") qui semble bien peu crédible dans
son personnage de psychanalyste ; un Robert Hirsch, au rictus de
paralytique, qui, dans la première partie, se contente pour tout
dialogue d'égrener des "oui................oui........" caricaturaux
auxquels on a envie d'ajouter le cultissime "c'est celaaaa..." du "Père
Noël est une ordure"
; des personnages munis de problèmes dont je me contrefiche éperdument
tant ils semblent débarqués d'une planète qui n'a jamais vu pousser la
moindre émotion authentique ; des péripéties qui tiennent tantôt du
polar lymphatique, tantôt du grand guignol (la scène du cimetière me
fait penser à du Ken Russel agonisant !), tantôt de la romance
douce-amère ; un troisième tiers bavard qui tente pathétiquement de
donner un sens à cet imbroglio hasardeux... Tout cela me semble
funambulesque, passablement déjanté (ce qui pourrait être une qualité),
mais surtout, terriblement ennuyeux tant le résultat est vain.
Il faut reconnaître le fait que tous ces gens évoluent dans des décors
baroques dont l'agrément n'est pas négligeable, que certains
personnages sont tellement improbables (Erostrate en particulier)
qu'ils en deviennent divertissants, que les visions clipesques et
colorées réveillent le spectateur somnolent. Mais à la sortie, je garde
le souvenir d'une oeuvre en adéquation totale avec le temps qui y
règne en permanence : engourdissante et glaciale.